Daniel et Chon

Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront (René Char)


2 Commentaires

Laos sur la montagne

En montant vers le nord, on rencontre très vite les reliefs. Autant le sud, le long du Mékong, est sec, plat et poussiéreux, autant le nord est verdoyant et  montagneux.

On est d’abord allés jusqu’à Louang Prabang en bus. Puis nous y avons loué un 4X4 pour nous rendre dans l’extrême nord ouest, aux confins de la Birmanie et de la Chine.

De Vientiane à Paksong, les routes sont souvent défoncées, avec des nids de poules, d’autruche, voire d’éléphants. Le goudron alterne avec des passages de pistes empierrées. Ce nord Laos est vraiment isolé du monde.

Pas tout à fait, en fait, car le voisin chinois s’y intéresse. La compagnie PowerChina (tout un programme) est en train de construire un chemin de fer nord sud, et des routes, avec comme objectif final de rejoindre Singapour ! Les Chinois sont partout dans le nord. Que peut faire le petit Laos de 7 millions d’habitants face à son énorme voisin ?

Après tout, ces infrastructures serviront aussi aux gens du nord.

(la photo n’est pas de nous, mais du New York Times !)

Ce qui ne servira pas aux Laotiens, ce sont les enclaves concédées à des sociétés chinoises, à la frontière avec la Chine (Boten), et avec la Thaïlande (Ton Pheung). Dans ces deux pays, les casinos sont interdits, et c’est donc une aubaine pour les joueurs que de se rendre dans ces deux villes champignons. Les  lois chinoises s’y appliquent, et même si théoriquement, les jeux d’argent ont été interdits à Boten depuis quelques années, ce sont les lieux de toutes les débauches. Prostitution enfantine, dégustation dans les restaurants de viande de tigre ou d’éléphant, deux espèces protégées, plateformes de diffusion de drogues de toutes sortes (nous sommes dans le triangle d’or). On y trouve même, parait-il, de la corne de rhinocéros en pharmacie ! Boten attend avec impatience la livraison de la ligne de chemin de fer vers Vientiane.

Quant à nous, on s’est contentés de profiter des paysages magnifiques.

Autour de Vang Vieng, les montagnes prennent la forme de pains de sucre, comme on en verra du côté de la baie d’Halong au Vietnam.

Conduire dans ces conditions jusqu’à Louang Namtha, c’est négocier des milliers de virages  entre deux murs de végétation, avec de temps en temps des percées entre les forêts de bambous et des aperçus magnifiques sur les chaînes à perte de vue dans toutes les directions.

Les villages s’alignent le long de la route. La production de balais de « genêt » semble une activité essentielle.

C’est le pays des « minorités » ethniques, surtout établies dans les montagnes. Akhas, Hmongs, Yao, Laren, Lu-miens, Kmhmus, Taïs et consorts forment 40 % de la population. Vivant dans les hauteurs avec leurs langues et costumes, ils sont majoritaires dans le nord et une des « curiosités » de la région.

Leurs villages se visitent selon des circuits établis et pour tout dire, on s’est sentis très mal à l’aise à l’idée de le faire. Bien sûr cela leur amène un peu d’argent grâce à leur artisanat, mais le voyeurisme n’est pas loin.

On s’est aventurés dans un village Yao en bord de route où de vieilles dames fabriquaient du papier de bambou. Clic clac Kodak. On est ressortis très vite et ça a été la seule escapade dans un de leurs villages. Sans doute qu’avec un guide les choses auraient été différentes.

Ce qu’on a surtout retenu de ce village, c’est la pauvreté des gens, habillés de bric et de broc, avec de vieux joggings et T shirts. Les superbes costumes des cartes postales doivent être rangés pour les fêtes ou peut-être faut-il plusieurs heures de randonnée dans les montagnes pour rencontrer des  minorités « photogéniques ».

Une minorité attire plus l’attention sur son sort.  Ce sont les Hmongs. Montagnards farouches, ils ont conduit une « guerre secrète » sous la direction de la CIA contre le régime communiste de 1964 à 1975. Après la victoire du Pathet Lao, ils ont subi le sort de « Harkis » : pourchassés dans leurs montagnes, éliminés en masse, traités comme des parias, ils ont finalement été regroupés dans des villages le long des routes, étroitement surveillés par les autorités communistes. Le même sort semble leur être réservé au Vietnam. Plus de 100 000 ont été exfiltrés vers les Etats-Unis et la France en a accepté 20 000 dont 2 000 installés en Guyane.

Les Hmongs, les « Roms » de l’Asie du Sud-Est ?

On en a pris plein les yeux pendant ces quatre jours de périple au nord de Luang Prabang.

La jungle, la vraie, seulement un peu grignotée par les plantations d’hévéas et de bananiers, et les cultures sur brûlis qui détruisent des pans entiers de collines.

Vue du ciel, cette forêt quasi impénétrable doit ressembler à un champ de brocolis ! Toutes les nuances de vert, une vraie symphonie de couleurs et de lumière !

 

 

 

 

Publicités


1 commentaire

Paisible Vientiane

Repos. On en avait bien besoin après notre remontée depuis le sud. Le Laos ressemble à l’Italie -sans la botte et la Sicile- et pour rejoindre la capitale, il a fallu encore aligner les heures de car le long du Mékong et de la frontière thaïlandaise. Surprise, on peut charger une moto ou tout un mobilier dans la soute, qui occupe tout le rez-de-chaussée du bus !

L’accueil à Vientiane par Anaïs et Jean a été formidable. Ce jeune couple franco-lao (Anaïs a un papa laotien) nous a ouvert sa maison pendant trois jours. Ils sont arrivés de France à Vientiane depuis deux ans et travaillent dans l’informatique via internet. On sent qu’ils adorent ce pays. Ils en parlent avec passion, un peu comme d’autres parlent du Maroc (suivez mon regard).

On a enfin pu dialoguer avec des « vrais gens ». Jouer les touristes c’est bien beau mais causer du pays qu’on visite avec des gens qui le connaissent change tout. Cà commençait à nous manquer sérieusement. On a aussi pu se reposer et partir découvrir la ville avec leurs recommandations avisées.

Vientiane est une petite capitale bien calme en dehors des heures de pointe le matin et en fin d’après-midi. Les rues tranquilles du centre-ville avec ses villas coloniales défraîchies nous ont fait penser au quartier du Gueliz de Marrakech il y a trente ans.

Les Laotiens sont des gens très calmes, voire un peu nonchalants et leur Bouddha aussi !

Comme partout on tombe sur des pagodes à tous les coins de rue, et la plus étonnante est celle de Wat si sakhet. Les galeries du cloître rassemblent plus de 6 000 bouddhas.  Debout ou assis devant des niches qui contiennent aussi des milliers de statuettes, ils sont indifférents au passage des touristes qui les mitraillent à longueur de journée.

La pagode elle-même est couverte de fresques racontant des scènes de la vie du Bouddha, et les murs sont également creusés de niches contenant des Bouddhas en réduction.

Nous avions eu un aperçu des broderies laotiennes sur les jupes traditionnelles que les femmes portent très couramment.

Mais, toujours grâce à Anaïs et Jean, nous avons découvert l’atelier de Carole Cassidy, une américaine tombée amoureuse du pays et de sa culture. Elle a créé un atelier ou une vingtaine de femmes tissent, sur de vieux métiers traditionnels, des pièces extraordinaires en soie et d’autres matériaux naturels.

La ville ne s’anime vraiment que le soir le long du Mékong, lorsque ses habitants viennent faire le paseo entre les marchandes d’herbes aromatiques, les stands de street food, les manèges et le marché de nuit. Les Laos utilisent des dizaines d’herbes différentes dans leur cuisine.

Le Mékong est a peine visible au delà de l’immense prairie qui pousse sur ses rives chaque année à la saison sèche. Difficile d’imaginer que dans quelques mois tout cela sera inondé jusqu’au haut des digues. A la saison des pluies, le fleuve multiplie son débit par huit et est une menace permanente pour les riverains.

La vie laotienne est rythmée par le Bouddhisme. Pour nous, touristes naïfs, le plus étonnant ce sont les bonzes. On s’attendait à une sorte de clergé permanent comme les moines chrétiens et on a découvert grâce à nos amis que le statut de bonze peut être très provisoire. On peut prendre la robe orange pour trois mois, voire une semaine, ou même une journée. Besoin d’une retraite spirituelle, ou simplement d’un peu de recul lors d’un événement familial douloureux. Les familles peuvent aussi envoyer un enfant à l’école de la pagode lorsque l’école publique est trop éloignée, ou lorsque l’ado est un peu turbulent. Un système compliqué d’offrandes et de cérémonies organise la vie sociale. Les bonzes vivent de ces offrandes auxquelles participent tous les laotiens. Nous avons même été dans des bus où des places gratuites leur étaient réservées.

On n’a pas tout compris, mais l’idée que la moitié des Laotiens adultes soit passé à un moment ou un autre sous le statut de bonze est une vraie découverte pour nous.

Notre court séjour a été aussi l’occasion de découvrir la cuisine. Lorsque vous ne connaissez pas les codes, vous vous retrouvez à alterner nouilles et riz, alors qu’il y a tant d’autres choses à déguster. Merci Anaïs et Jean pour cette plongée dans la gastronomie locale. Si vous passez par Vientiane, ne ratez pas le restaurant Doi ka noi.

Il est tout simplement fabuleux !

Le dimanche ils nous ont amenés dans un endroit improbable,  à Tha Ngon, à trente kms de Vientiane, au-dessus d’une rivière où des bateaux restaurants font des ronds dans l’eau.

On y mange -très bien- dans un jardin décoré de statues d’art brut et d’antiquités automobiles, le tout au milieu de la végétation tropicale. Bizarre, bizarre !

Et le lendemain, avant de les quitter, on a eu droit à un petit déjeuner dans le meilleur café de Vientiane, avec d’excellentes viennoiseries.

Et c’est sur ce clin d’oeil français que nous avons quitté Vientiane, la belle endormie, pour Luang Prabang et les montagnes du nord, sur un bus chinois.

 

 


4 Commentaires

On dirait le sud

Après avoir joué les incorruptibles à la frontière Cambodge-Laos, nous avions bien mérité un peu de repos. Nous l’avons trouvé à Don Khone. C’est l’une des « 4 000 îles » que forme le Mékong juste au dessus de la frontière. On y accède par un « ferry » assez folklo.

C’est en fait une pirogue à moteur qui zigzague entre les îles et îlots pendant une bonne demi heure avant d’atteindre sa destination. C’est proprement magique.

Une série de guesthouses s’alignent le long du bras du fleuve. Tout est paisible à Don Khone : pas de voitures, pas de sonos tonitruantes, pas de vie nocturne trépidante comme à Don Det. Parfait pour récupérer pendant deux jours. La vue de notre balcon en témoigne.

Notre seule activité, à part siestes et hamacs, aura été une grande balade en vélo vers des cascades assez impressionnantes et la contemplation des couchers de soleil sur Don Det en face de notre guest house, une bière fraîche à la main. On a vu pire !

L’étape suivante nous a amenés à Champassac, un petit bourg au nord des îles, sans grand intérêt à part le site de Wat Phou, au sud de la ville et le charme de notre guesthouse « Anouxa » au bord du Mékong.

Wat veut dire Temple et Phou Montagne. Le nom est bien trouvé pour ce petit sanctuaire niché au pied d’une colline escarpée.

On y accède par un grand escalier monumental encadré de magnifiques frangipaniers en fleurs.

C’est un temple Khmer qui date de l’époque où l’empire s’étendait sur le sud Vietnam, et une grande partie du Laos et de la Thaïlande, jusqu’à la Malaisie actuelle, entre le XIe et le XIIe siècle.

Tout en haut, au pied de la falaise, le petit sanctuaire attend le visiteur épuisé par les 300 marches sous le soleil.

On y retrouve ces sculptures et bas-reliefs qui nous avaient tant ravis à Angkor l

Mais c’est la vue depuis le sommet qui fait tout le charme de l’endroit.

Notre troisième étape dans le sud a été pour le plateau des Bolaven. Basés à Paksé, deuxième ville du pays, c’est en scooter que nous sommes montés faire une virée dans les collines et parmi les caféiers.

Les Bolaven produisent 80% du café du Laos.

Les Bolaven, ce sont aussi de nombreuses cascades spectaculaires et l’occasion de bains bien rafraîchissants.

Indiana Jones n’a qu’à bien se tenir, Chon arrive !

 


2 Commentaires

On the road again

Le temps passe, doucement mais sûrement. Il est temps de commencer à penser à notre prochaine étape, le Laos.

Nous avons donc embarqué dans un bus pour Kratie (Krong Kracheh sur la carte). Il nous a quand même fallu huit heures pour parcourir les 317 kms depuis Phnom Penh.

En route, on s’est arrêté pour un repas rapide dans la ville de Skuon, alias « spider city« . Cette fois-ci pas d’exploration insectivore, mais quand même quelques photos.

On essayera les cafards grillés une autre fois.

Kratie est une ville de province endormie au bord du Mékong, sans grand intérêt. Par contre, juste en face la petite île de Koh Trong vaut la peine de prendre le « ferry » bringuebalant pour la visiter.

Pas de voitures, une piste cimentée tout autour de l’île, des vieux vélos à louer et nous voilà partis !

L’île de Batz en face de Roscoff est un de nos jardins secrets et on s’y serait presque cru ! Bon d’accord, ce n’était pas tout à fait le même paysage. Ici pas d’artichauts et de choux-fleurs, mais des manguiers, des bambous, des bananiers et des cocotiers. Mais une ambiance paisible et paysanne comme là-bas ! C’est l’époque des battages (du riz).

La grande pagode est multicolore, et l’allée pour y accéder, décorée : un côté conte pour enfants.

Pour rejoindre le fleuve depuis la rive en saison sèche, près d’un km à faire sur des planches pour arriver à l’eau. Une version tropicale en quelque sorte de l’estacade de Roscoff.

Il faut mettre les pieds dans l’eau pour accéder au « ferry ».

L’île de Koh Trong, une bien jolie étape loin de l’agitation de Phnom Penh !

De Kratie à la frontière laotienne, les choses sont assez simples : un minibus jusqu’à Stung Treng (à 100 kms) puis un deuxième jusqu’à la frontière  (à 50 kms). Rien de particulier à signaler sinon l’impression de bout du monde quand au milieu de nulle part apparaissent les bâtiments de la douane.

Et c’est là que les choses se corsent. En effet, cette frontière est célèbre pour la corruption de ses fonctionnaires.

Bien décidés à ne pas payer de bakchich, on les a abordés vent debout !

Tout d’abord pour obtenir le tampon de sortie du Cambodge, on voulait nous obliger à payer deux dollars chacun pour obtenir le fameux tampon. Devant notre refus poli, et insistant, on a dû attendre près d’une heure pour récupérer les précieux documents. Le Goff 1-Ripoux 0.

Côté Laotien, même topo : les visas coûtent 30 dollars mais il faut en aligner deux de plus pour obtenir le fameux sésame. Cette fois-ci, on était cinq à refuser collectivement de payer. Une heure plus tard, malgré les propos agressifs des policiers, on a fini par récupérer gratuitement les passeports, gratuitement. Le Goff 2- Ripoux 0. Deux heures de boulot pour deux misérables tampons.

Ce n’était pas tout à fait fini car le chauffeur du mini-van qui devait nous amener à la première ville laotienne avait disparu pour une sieste sans doute bien méritée. On a dû poireauter sous le soleil une bonne demi-heure de plus avant qu’il apparaisse.

20 kms plus loin, fin de notre périple routier à Nakasang, point de départ des grosses pirogues à moteur qui desservent les « 4000 îles » du Mékong juste au nord de la frontière. En effet, à cet endroit, le fleuve se divise en de multiples bras, créant un paysage d’îles verdoyantes et de chutes d’eau magnifiques. Mais ceci est une autre histoire.

Voici quand même une image de notre premier coucher de soleil laotien, sur l’île de Don Khone.

 

 

 


Poster un commentaire

Les sourires de Chambok

Après notre passage mitigé dans le sud, nous avions envie de nous ressourcer dans le Cambodge profond. C’est ainsi que nous avons rallié Chambok.

Ce n’était pas forcément simple sur le papier. Par mail on nous avait indiqué qu’il fallait descendre à Traeng Trayueng, gros bourg à mi chemin entre Sihanoukville et Phnom Penh et chercher sur place un moyen de remonter les vingt cinq kms de piste pour rejoindre Chambok, sachant qu’il n’y a aucun service public ni tuk tuk pour y aller.

C’est donc avec un peu d’appréhension qu’on est descendu de notre fameux bus-karaoké qui nous avait amenés de Sihanoukville.

Mais dans les deux minutes, on s’est retrouvés chacun à l’arrière d’une moto qui nous a emportés dans un nuage de poussière vers notre destination, à travers les vergers de manguiers.

Et c’est couverts d’une fine couche de latérite rouge, et le coccyx de travers que nous sommes arrivés au « visitors center ».

Chambok réunit six villages et cinq cents familles autour d’un projet d’éco-tourisme, déployé sur mille cinq cents hectares de cultures et de forêts.

A la fin de la guerre en 1998, les paysans ont dû d’abord attendre que les villages soient déminés. Ils ont survécu dans un premier temps en exploitant les bois précieux comme l’acajou avant de se rendre compte que la déforestation sauvage allait tuer la ressource. Le Cambodge a perdu 75% de sa forêt en trente ans. Ils ont donc cherché d’autres solutions.

Rainforest in the Southern Cardamom Mountains. Photo by Rhett A. Butler

Ils se sont lancés collectivement dans un projet d’éco-tourisme participatif. Il est né en 2003 avec le soutien de l’ONG Mlup Baitong, des ministères du tourisme et de l’environnement, du PNUD, et du parc national du Kirirom où sont implantés les villages.

Aujourd’hui, le projet fournit un supplément de revenu aux villageois, et a permis par ailleurs de replanter quarante mille arbres, dont la moitié a été sponsorisée par des visiteurs.

Vous êtes accueilli avec le sourire par de jeunes gens du village au « visitors center », grand bâtiment au milieu de la forêt, équipé d’une cuisine à l’air libre et de  grandes tables pour accueillir les groupes.

De nombreuses activités sont proposées, en individuel ou avec guide. Trekking, balades en charrettes à buffles, à vélo, replantage d’arbres, découverte de la culture du riz, ateliers d’artisanat, de cuisine,  de danse.

Une rotation est organisée pour l’accueil et les activités. Par exemple ce sont deux cents cuisinières qui sont mobilisées à tour de rôle pour les repas des visiteurs.

Pour ce qui est du logement, cinquante maisons dans les villages vous accueillent pour la nuit. Ces chambres chez l’habitant sont très basiques mais se promener le soir dans les villages – très propres – est une merveille. Tout le monde a un geste, un sourire pour vous signaler que vous êtes les bienvenus. Personne ou presque ne parle anglais mais ce n’est pas grave. On se sent adoptés par la communauté pour le peu de temps passé parmi eux.

On est vraiment dans le Cambodge profond, humain, chaleureux.

Compte tenu de la difficulté relative d’atteindre Chambok, seules quelques agences « hors des sentiers battus » proposent à leurs clients des séjours sur place. Pour les deux soirs que nous y avons passé, nous étions les seuls, à part un groupe d’étudiants venu passer l’après-midi.

La première nuit a été épique, car on fêtait au village la fin de la moisson du riz. Un repas collectif était offert à tous. Chacun s’était mis sur son 31 !

Au coucher du soleil,  les bonzes de la pagode voisine ont béni la moisson avec force psalmodies.

Puis ce fut ensuite une longue, très longue soirée de musique. On est rentrés assez tôt se coucher, mais la sono – à fond – a continué à bastonner jusqu’à six heures du matin, moment où tous les coqs et les chiens du village ont pris le relais. Autant dire qu’on a peu dormi cette nuit là.

Nous avons choisi le matin suivant de faire une petite randonnée vers des cascades dans la montagne en compagnie d’un guide, Cham, un des militants à l’origine du projet.

En cette période de l’année, les débits des cinq chutes successives sont assez minimes, mais permettent quand même des douches fraîches sous les cascades. Plaisir inestimable après deux heures de marche sous le cagnard et une très courte nuit !

 

L’après-midi, Chon a pu prendre un cours de cuisine avec ces dames, avec force gestes pour  explications. Mais entre cuisinières pas besoin de mots pour se comprendre.

Le lendemain on a quitté avec regret ces gens qui ont pris en mains leur destin. Un minibus local quittait Chambok à sept heures trente pour rejoindre Phnom Penh. Quelle chance !

Là aussi, c’était le Cambodge profond. Après avoir fait le tour des villages pour récupérer des passagers et de la marchandise, nous nous sommes retrouvés à vingt et un dans un minibus prévu pour neuf places ! Avec tout le poids des sacs de riz et autres paquets dans le coffre arrière et tous les passagers, c’est miracle que les roues avant touchaient encore le sol.

Après cinquante kms serrés comme des sardines, deux jeunes filles de plus sont montées à bord. Si vous vous demandez comment cela est possible, voici la solution : on fait partager le siège du passager avant en deux et la vingt troisième passagère s’installe à GAUCHE du chauffeur.

Au Cambodge, tout est possible, et avec le sourire !


Poster un commentaire

Des Chinois et des babas cools

« Entourée de plages de sable blanc et d’îles tropicales préservées, Sihanoukville est la destination balnéaire la plus en vogue du Cambodge. (…/…) [C’est] le point de départ vers les îles méridionales, véritables repaires de Robinsons branchés ».

C’est ainsi que le « Lonely Planet » 2018 présente la ville et comme on s’est, bien sûr, reconnus comme Robinsons branchés, on est allés y voir de plus près.

Les plages de la ville sont effectivement très belles. Une bande de sable de… dix mètres de large est bordée de dizaines de bars, paillottes et restaurants. C’est agréable d’y boire une noix de coco fraîche entre deux baignades dans une eau à 30 °.

Mais l’envers du décor est un peu différent. Par exemple derrière la jolie plage d’Otres, une mauvaise piste longe les restaurants et déjà des chantiers de construction se préparent.

Car Sihanoukville est un gigantesque chantier. Des dizaines d’immeubles de vingt, trente étages ou plus sont en train de sortir de terre.

Promoteurs chinois, architectes chinois et ouvriers chinois construisent dans le bruit et la poussière d’immenses complexes d’appartements, d’hôtels et de casinos pour une future clientèle… chinoise. Cette invasion commence à agacer les locaux, comme on l’a lu dans cet excellent article. La Chine est tout bonnement en train d’acheter le pays.

Les touristes chinois ont déjà commencé à déferler. La preuve, sur douze vols internationaux annoncés à l’aéroport aujourd’hui, dix viennent de Chine, un de Ho Chi Minh et un de Kuala Lumpur.

La signalétique en ville est devenue bilingue, voire monolingue quand il faut faire la pub pour des appartements ou des casinos.

Pour le charme et le romantisme, on repassera.

On a donc vite fuit la ville pour la petite île de Koh Rong Samloen, à une heure de bateau.

Elle est censée être plus authentique que sa grande soeur de Koh Rong et on a posé nos valises dans la baie reculée de M’Pay Bay. Cette anse adossée à la jungle (impénétrable) forme un croissant de sable autour d’un petit village.

La plage est superbe, sans le mur de restaurants de celles de Sihanoukville et le sable fin est à la hauteur des dépliants touristiques. S’y baigner est un plaisir, à condition d’oublier les ordures sous les arbres le long du rivage.

Le village se réduit à une centaine de pauvres maisons transformées en « hostels » et sur le front de mer en petits restaurants bricolos. Ce qui était un simple village de pêcheurs est en train de devenir petit à petit un de ces fameux « repaires de Robinsons branchés ».

L’ambiance est très cool, très baba cool en fait, avec farniente, bières et fumettes dans les hamacs. On doit avouer qu’on s’est sentis un peu hors jeu parmi tous ces jeunes occidentaux tatoués qui déambulaient sur le sable ! Et les saletés autour des maisons et des « hostels » gâchent une bonne partie du plaisir.

Heureusement notre guest house, le « Lazy Bones » (ça ne s’invente pas) était très agréable et on s’y est bien reposés, entre baignades et siestes.

Après deux jours à profiter du soleil et de la mer, on a repris le bateau pour Sihanoukville et de nouvelles aventures sur la terre ferme. En route pour Chambok, notre prochaine étape, et tant qu’à faire, dans un bus maginfique, avec karaoké ! Voyez vous-mêmes !

 

 

 

 

 


Poster un commentaire

Deux jours à Phnom Penh

Pour notre périple vers Sihanoukville et les îles, Phnom Penh est un passage obligé. Et c’est une étape bien agréable. La ville n’est pas en soi très belle, mais dégage une énergie vitale formidable. La circulation incessante des milliers de scooters, motos, tuks-tuks et grosses voitures crée un joyeux bordel loin des raideurs des villes européennes.

Les pubs pour les derniers téléphones cohabitent avec un réseau électrique bringuebalant.

Le « front de mer » le long du Mékong est le lieu de promenade idéal. On s’y rencontre, on y mange, on y fait de la gymnastique. Beaucoup de pauvres gens semblent aussi y vivre, de jour comme de nuit et le spectacle des enfants des rues est bien triste.

Les grandes pelouses devant le palais royal accueillent les pique nique à l’ombre des grands arbres. Il y fait – un peu- moins chaud.

Le roi Sihamouni, un des fils de Sihanouk, n’a plus aucun rôle politique et se contente d’arpenter son palais doré. Il parait que cet ancien professeur de danse dans des conservatoires parisiens s’y ennuie.

Le pouvoir est entre les mains depuis 35 ans du premier ministre Hun Sen, un ancien cadre Khmer rouge qui a viré sa cuti en 1977 et rejoint l’armée vietnamienne qui a débarrassé le pays de la bande de Pol Pot. Il dirige le Cambodge sans tolérer d’opposition. L’an dernier, aux législatives son parti a gagné les 145 sièges de députés, pendant que les opposants étaient arrêtés ou exilés.

De la période Khmer rouge, peu de traces sinon un grand nombre d’handicapés et très peu de personnes âgées. Quand on sait que 25% de la population du pays a disparu entre 1975 et 1979… Deux millions de morts.

Il reste cependant un lieu de mémoire incontournable : le centre d’interrogatoire Tuol Sleng, aussi connu sous le nom de S21, en plein Phnom Penh.

Là, dans un ancien lycée, 20 000 personnes seront torturées puis systématiquement exécutées après enregistrement de leurs « aveux ». Visiter le centre est très éprouvant à cause de l’horreur que les gens y ont subie. Salles de torture, cellules, milliers de photographies de détenus (les bourreaux archivaient tout et n’ont pas eu le temps de tout brûler en partant), témoignages de certains des seuls 12 rescapés vivants libérés en janvier 1979 par les vietnamiens, font du tour du site un moment poignant.

Comment la folie des hommes peut-elle aller aussi loin ?  Tuer son propre peuple. Il suffisait de porter des lunettes pour être traité d’intellectuel et donc considéré comme un ennemi à éliminer. Parmi les photos, des professeurs, des juges, des médecins, des infirmières, des artistes, éliminés parce que éduqués, tout simplement.

Le moment le plus fort, c’est la présence de deux vieux messieurs assis à l’ombre des arbres et qui saluent les visiteurs. Ce sont deux des  rescapés de cet enfer, et qui viennent chaque jour depuis 40 ans témoigner pour l’histoire.

On en ressort bien secoués.

Mais une fois dehors, la vie reprend et la circulation anarchique -mais finalement assez fluide- rappelle que Phnom Penh est en pleine expansion.

Les immeubles neufs cohabitent avec les quartiers vieillissants et quelques immeubles qui rappellent l’Indochine française. Une jeunesse dorée roule en gros 4X4 et fait des affaires, notamment avec les chinois, de plus en plus présents. Les bars et les néons animent la nuit de Phnom Penh, et beaucoup de jeunes et jolies cambodgiennes accompagnent de vieux messieurs blancs !

On n’aura pas visité le palais royal, immense derrière ses murs, ni la célèbre pagode d’argent. Il faisait vraiment trop chaud.

Dans un joli bâtiment traditionnel, le musée national présente la plus grande collection de sculpture khmère au monde.

C’est impressionnant, mais là encore, notre inculture dans le domaine s’est révélée, malgré la lecture suivie du Ramayana par Chon depuis une semaine !

Par contre, on n’a pas raté la visite de la pagode Wat Phnom sur une colline. Un lieu de calme au dessus de la ville et son animation incessante.

Le soir, toujours dans les locaux du musée, nous avons assisté à un spectacle de danses traditionnelles par la troupe Cambodian living arts. En 1979, tous les artistes du théâtre national khmer avaient été soit décimés, soit exilés et il a fallu toute l’énergie d’une ancienne danseuse étoile pour recréer une troupe et retrouver les gestes immémoriaux qui étaient en passe de disparaître. Le résultat est spectaculaire. Une bien belle soirée pour conclure notre court séjour dans la capitale.

Mais ceci n’aurait pas été complet sans une exploration de la gastronomie locale. Daniel s’y est risqué !

Bon appétit !