Daniel et Chon

Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront (René Char)


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Gaspésie, de parc en parc

La Gaspésie, destination touristique par excellence des Québécois, est la grande péninsule coincée entre le Saint-Laurent, l’état US du Maine et les provinces « maritimes » du sud du Canada, New-Brunswick, Nouvelle-Ecosse et ïles du Prince Edouard.

Notre première étape a été pour le superbe parc botanique de Grand-Métis.

Il nous a semblé encore plus beau que celui de Chaumont-sur-Loire.

Mais la Gaspésie c’est surtout le début de la chaîne des Appalaches, montagnes qui courent tout le long de la côte est de l’Amérique du nord sur 2400 kms, jusqu’en Alabama.

Au Québec, ces sommets- le pic Jacques-Cartier dans les monts Chic Choc culmine à 1200 m- créent des paysages magnifiques de forêts qui tombent dans la mer.

Nous avons donc mis le cap pour le parc national de Gaspésie, au coeur du massif.

Une arrivée le soir et un bivouac au bord d’une rivière laissaient augurer une belle journée de randonnées.

C’était sans compter sur le légendaire brouillard gaspésien qui nous a surpris en haut du mont Ernest-Laforce. Aucune chance de voir les orignaux qui habitent sur ses pentes.

Depuis le sommet, la vue était imprenable !

D’autant qu’on s’est pris une averse diluvienne lors de la descente !

On se serait cru dans Down by law, le film de Jim Jarmush lorsque le héros amène sa copine voir le lac de Cleveland, noyé dans la brume.

Mais après l’effort, le réconfort, ou plutôt après la saucée, les saucisses ! C’est cela le luxe du camping-car : prendre sa revanche sur la pluie, au sec et devant un repas chaud.

Dès l’après-midi, on a rejoint le Saint-Laurent, en route pour le parc national Forillon, juste au nord de Gaspé.

Les villages et leurs jolies maisons peintes de couleurs vives sont installés dans les anses du fleuve, et abritent de petits ports de pêcheurs. Ici on est au pays de la morue et on a mangé notre première Gadus morhua  gaspésienne à Sainte-Madeleine-de-la-rivière-Madeleine (si, si…) , au restaurant la Capitainerie des deux soeurs. De toutes façons, c’était le seul plat au menu, sans doute pêché par un des bateaux amarrés au quai.

Un resto sans chichis, dans un port tranquille, entre deux averses, avec juste deux matelots qui s’escriment sur le moteur de leur chaloupe. Rien à voir, sinon la vie qui va ! Et nous, ça nous va bien !

La route côtière spectaculaire serpente entre mer et montagne, et le ciel chargé d’orage participait au spectacle.

Pour la nuit, l’appli I-overlander, formidable outil pour les campeurs « sauvages », nous a suggéré un petit lac loin de tout. On était seuls au monde.

On se serait cru au lac Pavin en Auvergne.

Après deux jours de temps breton, c’est sous le soleil que nous avons abordé le parc national Forillon. Ses falaises tombent directement dans la mer. La balade jusqu’au cap Gaspé et son phare est très spectaculaire.

C’est en fait le début du Sentier international des Appalaches qui rejoint la Géorgie en suivant la chaîne, sur 6091 kms. On peut même pousser plus loin jusqu’en Floride. L e chemin de Compostelle est battu à plate couture.

Quant à nous, on a commencé à se le faire : on a déjà huit kms derrière nous !

PS : la bière du jour est la Hurlu Berlue, brassée à Rivière-du-loup par  la microbrasserie Aux Fous Brassant ! Santé !

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Internet et portable au Québec

Une petite fiche pratique qui peut servir aux visiteurs de ce beau pays.

On a l’habitude quand on voyage à l’étranger d’acheter une puce locale avec téléphone et data pour profiter de l’internet et du téléphone sans problème. On a ainsi acheté des puces en Bulgarie, Roumanie, Pologne, Turquie, Géorgie, Iran, Maroc, etc… et toujours pour des prix de plus ou moins 10 €, et on trouvait du réseau partout.

Depuis que l’UE a régulé les tarifs intra européens, c’est plus simple : pour ces 28 pays (bientôt 27), plus de surcoûts pour le téléphone portable et plus besoin de puce locale (sauf si on est gros utilisateur de données).

 

Avant de partir pour deux mois au Québec on a gratté un peu sur internet pour savoir comment faire. Trois réseaux « nationaux » annoncent couvrir tout le Canada : Bell, Telus et Rogers. Tous coûtent environ 75 dollars canadiens par mois avec téléphone et données, soit 60 € ! et avec des engagements sur un an ou 24 mois !

Free propose en France un forfait à 20 € par mois sans engagement, avec 25 gigas de données, et communications gratuites entre France et Canada et vice-versa et intra-Canada. Parfait !

Sauf que le partenaire de Free au Canada est Rogers et que sa couverture est franchement MERDIQUE, ou plutôt inexistante là où on veut aller. Ok pour le « Québec utile » de Montréal et Québec, mais aucune réception sur la côte nord ni la Gaspésie.

Une ville touristique comme Gaspé, 15 000 habitants, n’a aucun relais Rogers !

Comme en plus nous sommes plutôt adeptes du camping sauvage (« boondocking » en Québécois) on est souvent en manque !

Bref, Daniel ronge son frein depuis 15 jours en cherchant du wifi pour pouvoir se connecter. Heureusement les offices du tourisme, les musées, les restaurants, certains campings, les supermarchés Walmart, MacDonald’s et Canadian Tire  (l’équivalent de Bricorama chez nous) offrent des accès gratuits mais pas toujours assez puissants et il y a plus cool que les parkings de supermarchés pour consulter internet ou bloguer.

Et comme tout le monde n’utilise pas forcément Whatsapp ou Messenger, on se retrouve souvent sans téléphone. Comment on fait pour prendre rendez-vous chez le coiffeur ? Grrrr !

Ceci explique que nous bloguons moins que d’habitude… Et que Daniel a une coupe de cheveux (made in Chon) à pas piquer des hannetons !

Et nous qui pensions que l’Amérique du nord serait le paradis de l’internet !


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D’une rive à l’autre

Après notre expédition jusqu’au bout de la route 138 aux confins du Labrador, il était temps de passer sur l’autre rive du Saint-Laurent et de prendre le chemin de la Gaspésie. Une longue journée de route nous a amené au camping Le Tipi aux Escoumins. Ce camping, comme son nom l’indique se trouve sur la réserve de la communauté Innu d’Essipit.

Pas de tipis à l’horizon mais un petit aperçu de la vitalité de cette « bande » qui sait allier tradition et initiative.  C’est notre troisième approche du peuple Innu, qui méritera un article un de ces jours.

Un premier « traversier » pour passer le fjord du Saguenay, puis un autre pour franchir le Saint-Laurent et nous voilà sur la rive sud du fleuve.

Nous avons atterri à Rivière-du-loup, qui fut le quartier général des pêcheurs baleiniers Basques et reste fière de cet héritage. En face de l' »île des Basques », on y trouve une banque « des Basques », un garage « Basque », un restaurant « le Biarritz », une fromagerie « Basque » et le « Parc de l’aventure Basque en Amérique ». Malheureusement il était fermé mais on a quand même pu voir le seul et unique fronton de pelote d’Amérique du nord.

Pas de Basques donc  à l’horizon mais le magnifique parc national du Bic pour nous reposer de trois jours de parcours de liaison. C’est un petit territoire de collines, dessiné par le fleuve en de magnifiques anses entre les ilots. Idéal pour deux jours de farniente et de randonnées..

Des indiens en canoë ? ou des touristes en kayak  au coucher du soleil ?

Passer du temps à regarder pousser les jeunes sapins en écoutant les chants d’oiseaux et en mélangeant la salade, il n’y a rien de tel !

Le camping du parc nous rappelle ceux du Yellowstone avec Gaëlle, il y a déjà quelques années.

Ma Dalton ou Calamity Jane ?

PS : la bière du jour est la Collin.

Elle rend hommage à un pêcheur et conteur gaspésien, Léon Collin. Son slogan : « Une poésie orale faisant découvrir le caractère unique de la haute-Gaspésie. »

 

 


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Les îles Mingan

Sur la route 138, on s’est offert un pas de côté, une excursion aux îles Mingan.

Ce chapelet de petites îles, visible depuis la côte est le paradis des oiseaux et des ornithologues.

C’est aussi le terrain de jeux de mammifères marins. On y a retrouvé nos amies les baleines, ici un rorqual,

et des phoques, ma foi bien curieux.

La côte de l’île nue se rapproche et une sentinelle nous surveille.

Elle n’est pas seule et on reçoit un accueil chaleureux des pingouins, très fiers de leur île.

Les macareux sont aussi au rendez-vous.

Mais ce sont surtout les rochers qui méritent le détour.

Une cohorte de personnages statufiés nous attend sur le rivage.

Pour le retour, on a été accompagné par un pingouin volant   sous le regard blasé de deux sternes sur leur tronc d’arbre.

Demain, on traverse le fleuve pour rejoindre Trois-Pistoles et ensuite, route vers la Gaspésie !

PS : la bière du jour est une  Pit Caribou, brassée en Gaspésie, of course.

 


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Route 138

Tout le monde connait la mythique route 66 aux états-Unis. Nous, on a choisi de « faire » la route 138. Elle part de Québec et longe la rive gauche du Saint-Laurent jusqu’à l’Atlantique.

Le fleuve, qui fait déjà un km de large à Québec, s’élargit petit à petit jusqu’à devenir un golfe majestueux dont on ne voit plus l’autre rive.

Question orientation, ce n’est pas compliqué. Si vous sortez de Quebec par l’est, vous prenez la 138 et c’est tout droit sur 1080 kms ! De toutes façons, il n’y a pas d’autres routes !

A main droite, vous apercevez le Saint-Laurent de temps en temps entre les sapins, et à main gauche, c’est la forêt. C’est simple.

Les villages se succèdent et se ressemblent. De jolies maisons de bois peint, posées sur des pelouses impeccables, à bonne distance les unes des autres -on a de la place au Canada-. Difficile d’identifier un centre-ville. On n’est pas en France où les habitations se pelotonnent autour de l’église, du bistrot PMU, de la boulangerie et de la pharmacie. Ici, les maisons sont dispersées le long de la route, avec comme seuls repères l’église blanche en bois et le « Dépanneur ».

Celui-ci est une véritable institution, héritage du « Magasin général » de l’époque des pionniers. On y trouve une épicerie, du pain, un téléphone public, les tickets de loto, un coin de vente d’alcools, des médicaments, des sacs de glaçons, des permis de chasse et de pêche, des vers, mais aussi souvent un distributeur de billets, un café, des pâtisseries maison et quelques plats chauds, une pompe à essence, bref, tout ce qu’il faut pour se… dépanner.

C’est surtout le cœur vibrant de la communauté. Un village sans dépanneur, c’est un village qui meurt !

Les villages sont souvent installées à l’embouchure des rivières qui se jettent dans le fleuve. Ces rivières sont toutes magnifiques et on ne se lasse pas de les admirer. Souvent tumultueuses, elles sont le terrain de jeu des saumons. Elles étaient aussi des voies de communication essentielles pour les autochtones qui les remontaient pour rejoindre l’hiver leurs terrains de chasse en forêt, avec leurs fameux canoës en écorce de bouleau.

La conquête de la Nouvelle-France est inscrite dans les noms géographiques le long de la côte.. Bien sûr, des noms « indiens » ont été conservés , souvent déformés, pour nommer des rivières ou des villages. Mais comme l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs, descendre la 138, c’est remonter le cours de l’histoire.

La première nuit après notre départ du Paradis marin, nous avons ainsi dormi un peu après les Ilets-caribou et Grand-ruisseau sur le petit port de Rivière-Pentecôte, au bout de la rue des Pionniers, juste après la Pointe à Toune, la Pointe à Fred, l’Anse des billots, au fond de la Baie des homards. Plus loin, on voyait l’Anse du coffre-fort, le Havre à Picard, la Baie des îles de mai. On imagine bien les marins bretons ou basques arrivant pour la première fois sur le Saint-Laurent, et nommant ainsi tous les caps, baies, anses, pointes qu’ils découvraient devant l’étrave de leurs bateaux.

Il ne faut pas s’étonner que le Québec soit une terre de conteurs !

Bizarrement, on n’a pas vu de Baie des maringouins, les moustiques locaux, ou de Cap des mouches noires. Pourtant, ces insectes sont une vraie engeance, une calamité. Impossible de profiter des soirées douces de l’été québécois sans se tartiner et souvent c’est enfermés dans le fourgon, après une chasse aux intrus qu’on a profité du paysage à travers les vitres. On en veut particulièrement aux minuscules mouches noires qui vous arrachent insidieusement des lambeaux de peau. Nous sommes pour la biodiversité, mais jusqu’à un certain point.

A force de rouler vers le nord-est, le paysage change imperceptiblement.. Toujours autant de rivières à traverser, mais les sapins qui encadrent la 138 deviennent de moins en moins vigoureux. On passe tout doucement vers une végétation boréale.

De jolis villages, de plus en plus espacés, ponctuent notre « montée » vers la fin de la route. Des pancartes signalent que tel hameau a fêté l’an dernier les cent ans de son existence ! On comprend que les nord-américains soient subjugués par nos vieilles pierres quand ils traversent l’Atlantique.

Une étape à Longue-Pointe-de-Mingan nous a donné l’occasion d’une balade vers les îles Mingan et ses phoques, rorquals, macareux, pingouins. On vous réserve pour bientôt (les québécois diraient « pour tantôt ») un billet spécial sur le sujet !

Notre objectif était Natashquan, tout au bout du goudron, à mille cinquante kms de Québec. Le village d’Aguanish, trente kms avant cela, nous a réservé une jolie surprise.

En entrant dans la boutique du fumoir de saumon local, on découvre un drapeau un peu particulier : celui de l’Acadie, tricolore, avec une étoile jaune. La petite communauté d’Aguanish est en fait formée des descendants de réfugiés acadiens, qui ont quitté les îles de la Madeleine – au centre du golfe du Saint-Laurent- lorsque le gouverneur anglais des îles leur a rendus la vie impossible. L’histoire tragique de l’Acadie.

Le drapeau acadien flotte aussi fièrement dans le village. Ces français, originaires de ce qui est aujourd’hui le Nouveau-Brunswick et l’ïle-du-Prince-Edward, deux provinces « anglaises » au sud du Québec, ont été éparpillés dans toute la région lorsque les Anglais les ont expulsés de leur terre. On en reparlera sûrement quand on passera pas là dans quelques semaines.

Et puis, voici enfin Natashquan, trois cents âmes, son dépanneur, son église, son bistrot, son restaurant -excellentes lasagnes aux pétoncles- et ses « galets ». C’est ainsi que l’on appelle ici ces cabanes de pêcheurs sur la baie .

C’est l’image emblématique du village et c’est vrai qu’elle sont belles sous le soleil. On a du mal à les imaginer l’hiver lorsque la baie est prise dans les glaces et que l’on circule dans les rues en moto neige !

 

Le village est célèbre dans tout le Québec pour être le lieu de naissance de Gilles Vigneault.

L’auteur de « mon pays c’est l’hiver » a aujourd’hui quatre vingt onze ans et a encore donné des concerts l’an dernier à Montréal. Les Vigneault font partie des familles acadiennes venues se réfugier sur la côte nord au XIXème siècle.

La petite maison de ses parents est en cours de rénovation pour accueillir bientôt les visiteurs pour une présentation de l’oeuvre de l’enfant du pays.

On trouve ici une vraie ambiance de « fin de la terre », et c’est ce qu’on recherchait. Natashquan, fin de la route 138 ? après avoir crié victoire, on s’est rendus compte que ce n’était pas tout à fait vrai. Si le goudron s’arrête au bout du village, la 138 continue ! Une piste de quarante cinq kms file dans le paysage de toundra jusqu’au dernier hameau accessible en voiture, Kégashka. Plus loin, encore quelques villages québécois ou Innus, isolés, sans route, accessibles seulement par bateau ou avion.

On a bien entendu poussé jusque Kégashka, ne serait-ce que pour la photo !

Nous sommes toujours au Québec, mais surprise, le hameau est anglophone. A l’épicerie, on nous explique que ce sont des migrants du Labrador, plus au nord, qui ont fondé la communauté. C’est aussi le premier vrai port de pêche que l’on rencontre sur notre route. Un petit côté breton pour ce village du bout du monde ! Ici c’est la pêche au crabe qui fait vivre les gens.

Nous méritions bien, après ces mille kms, un pique nique sur la plage, avec des toasts de saumon fumé d’Aguanish sur un lit de beurre de chicoutai, accompagné par un Alsace made in Riquewihr, miraculeusement arrivé jusqu’au dépanneur local.

Au café-épicerie-restaurant, on se fait servir un café -en anglais- quand une dame entre avec ses deux garçons. Visage rond, teint cuivré, tout sourire, francophone, c’est une Innu qui habite encore plus loin sur la côte. La nation autochtone Innue est présente dans neuf villages de la côte nord. Pour rejoindre Kegashka, la seule solution pour elle l’été est de prendre le bateau qui fait le cabotage le long de la côte jusqu’au dernier village québécois – Blancs sablons – avant le Labrador. L’hiver elle vient à Kegashka en moto-neige.

Aujourd’hui, après une robuste poutine, elle part pour Québec avec son pick up, garé en permanence sur le port. A son tour de prendre la 138, mais dans l’autre sens ! Bonne route !

PS : et comme il faut bien faire demi-tour, la bière du jour sera la Vire capot.


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De l’eau, du vert et des baleines

Après Québec, direction la côte nord, le long de la rive gauche du Saint-Laurent.
Au sortir de la ville, les chutes Montmorency sont incontournables.

Elles sont plus hautes que le Niagara, même si elles sont moins larges.

On les a abordées par le haut et pour aller au pied des chutes, un escalier de 450 marches permet de prendre une douche gratuite. Par contre, il faut ensuite les remonter ! N’est-ce pas Chon ?

Une nuit à sur l’ïle d’Orléans, juste en face des chutes, a été l’occasion d’avoir une pensée pour Félix Leclerc, qui a chanté le tour de l’île, et dont la tombe fait face à la mer. On y  a essayé le vin (bof) et le cidre locaux (re-bof). Par contre les fraises sont excellentes.

Et les roches sur le bord du fleuve à Saint-Jean de l’Ile d’Orléans y sont étranges.

L’étape suivante a été pour le parc national des hautes gorges de la rivière Malbaie.

Après un orage diluvien et une bonne nuit sous la pluie à Malbaie, on s’est lancés à l’assaut du parc, avec une belle randonnée de douze kms dans la forêt. Forts de notre expérience de Saint-Elie de Caxton, on s’était badigeonnés d’un cocktail détonnant d’anti-maringouins. Ca les a -à peu près- tenus à distance.

Très belle balade dans le vert tendre du début d’été québécois. Cela nous a réconciliés avec la forêt.
Après que Daniel ait suivi le match France-USA dans un café, route vers Tadoussac, la capitale des observations de baleines.

En effet, autour de Tadoussac, à l’embouchure du fjord Saguenay, elles trouvent leur nourriture dans les profondeurs du fleuve Saint-Laurent, qui a des fosses de plus de cinquante mètres à cet endroit. Pas de chance pour nous, nous sommes tombés sur le weekend du festival de la Chanson de Tadoussac, et le village était envahi de milliers de visiteurs. Les deux campings étaient complets. On a donc continué vers le Paradis marin et on ne l’a pas regretté.

Le Paradis marin est un camping très nature aux Grandes Bergeronnes. On nous l’avait chaudement recommandé et on n’a pas été déçus. Face au fleuve, et face aux baleines (en principe), il correspond tout à fait à notre philosophie du voyage. De la nature, du bon air et la tranquillité absolue. Le camping résonne seulement du rire des campeurs et des observateurs de baleines. Les Québécois sont un peuple charmant et joyeux. Ils engagent spontanément la conversation entre eux et avec nous. C’est vraiment très agréable. Avec eux, on a plus l’impression d’être en vacances plutôt qu’en voyage.

Bon OK, depuis deux jours, on a beau observer les eaux du fleuve, pas une énorme baleine à l’horizon mais des dizaines de magnifiques bélougas blancs et quelques petits rorquals. On a surtout sympathisé et bavardé avec les observateurs.


A notre tableau de chasse de photographe, tout de même trois belougas (si, si, ce sont eux sur la photo !) et quelques marsouins. Ce n’est pas faute de surveiller ce qui ressemble plus à une mer qu’à une rivière. On voit à peine la côte de la Gaspésie en face !

Par chance, le soleil est de retour. L’occasion de faire sécher les chaussettes. Qui a dit que des vélos étaient inutiles en voyage ?

La bière du jour, : la Canardière, dont le goût et l’arôme sont censés évoquer les fruits tropicaux, les agrumes et la résine. Santé !


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Bons becs* de Québec

Rejoindre Québec depuis la Mauricie par le chemin des écoliers, c’est plutôt faire la litanie des saints. On est passé par Saint-Georges, Sainte-Tite, Saint-Séverin, Saint-Stanislas, Saint-Prosper, Saint-Casimir, Saint-Marc-des-carrières, Saint-Alban, Sainte-Christine-d’Auvergne, Saint-Basile, avant de rejoindre le Saint-Laurent à Donnacona et de prendre l’autoroute.

On avait réservé à Québec une place au camping, et là, notre première impression a été plutôt mitigée : nous étions environnés de campings cars et caravanes monstrueux. De vrais mastodontes de plus de douze mètres. On est bien en Amérique !

On s’y sentait pas trop à l’aise, aussi on est allés dormir dans une rue calme de Québec, devant chez des amis de Mireille. Surprise, non seulement ils connaissent Limoges, mais ils sont venus plusieurs fois au Festival des Francophonies à l’époque de Monique Blin en tant qu’artistes. Gilles est metteur en scène et Linda est comédienne.

Nous sommes arrivés dans la capitale de la « Belle Province » la veille de la Saint-Jean-Baptiste, jour de la fête nationale du Québec. Les festivités commençaient par un méga concert sur les Plaines d’Abraham.

C’est sur cet immense terrain aujourd’hui transformé en grand parc au dessus du fleuve qu’a eu lieu en 1760 la dernière bataille, perdue par les Français, qui a précipité la perte de la Nouvelle-France et son annexion par les Anglais.

Quel beau symbole que ce concert dans ce lieu historique pour marquer la résilience des Québécois et leur attachement à leur langue et leur culture au milieu de ce continent anglophone. Tous les artistes s’exprimaient exclusivement en français !

Deux référendums en 1980  et 1995 ont failli arracher l’indépendance du Québec. Un troisième, un jour, sera-t-il le bon ?

En tous cas, à voir la ferveur du public ce soir-là -80 000 personnes- on peut y croire. Visiblement, les québécois ne sont pas des américains francophones, mais bien des « Français d’Amérique » et ce n’est pas De Gaulle qui nous contredira.

Son « Vive le Québec libre » de 1967 résonne encore dans la tête de tous les québécois et sa statue se dresse fièrement, nez au vent, face aux Plaines d’Abraham. Pour l’anecdote, à entendre notre accent, on a été a interpellé gentiment à la terrasse d’un café par un « alors, comme çà, vous venez de la maison-mère ? ».

La vieille ville de Québec est la seule ville d’Amérique du Nord encore ceinte de remparts. On s’y promène comme dans une page d’histoire. Les maisons de pierre grise  racontent encore et toujours l’épopée des Cartier, Champlain, MaisonNeuve et la création de la Nouvelle-France. Les drapeaux québécois étaient partout en cette Saint-Jean-Baptiste mais pas beaucoup de drapeaux canadiens !

Le bâtiment emblématique de la ville est bien sûr le château Frontenac, énorme et magnifique palace qui domine la cité et le fleuve. Nous y aurions bien dormi, mais il était complet en ce week-end de fête nationale !

Sans doute aussi photographié que le Tour Eiffel, c’est depuis le ferry, pardon le « traversier », qui relie les deux rives du Saint-Laurent qu’on le voit le mieux.

Abordant ainsi au pied de la colline de Québec on peut se sentir un peu dans les bottes de Jacques Cartier et de ses marins de Saint-Malo.

Il ne nous restait plus, sous la pluie, qu’à partir à la découverte de la ville et de ses spécialités locales, la poutine bien sûr, mais aussi le « roteux all-dressed », un improbable « chien-chaud » avec choucroute, moutarde, relish et oignons. Bon rot à tous !

Le tout bien sûr, avec une bonne bière, comme la Pitoune, la boisson des bûcherons de Mauricie.

*Un « bec » est une « bise » en québécois.