Daniel et Chon

Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront (René Char)


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D’une rive à l’autre

Après notre expédition jusqu’au bout de la route 138 aux confins du Labrador, il était temps de passer sur l’autre rive du Saint-Laurent et de prendre le chemin de la Gaspésie. Une longue journée de route nous a amené au camping Le Tipi aux Escoumins. Ce camping, comme son nom l’indique se trouve sur la réserve de la communauté Innu d’Essipit.

Pas de tipis à l’horizon mais un petit aperçu de la vitalité de cette « bande » qui sait allier tradition et initiative.  C’est notre troisième approche du peuple Innu, qui méritera un article un de ces jours.

Un premier « traversier » pour passer le fjord du Saguenay, puis un autre pour franchir le Saint-Laurent et nous voilà sur la rive sud du fleuve.

Nous avons atterri à Rivière-du-loup, qui fut le quartier général des pêcheurs baleiniers Basques et reste fière de cet héritage. En face de l' »île des Basques », on y trouve une banque « des Basques », un garage « Basque », un restaurant « le Biarritz », une fromagerie « Basque » et le « Parc de l’aventure Basque en Amérique ». Malheureusement il était fermé mais on a quand même pu voir le seul et unique fronton de pelote d’Amérique du nord.

Pas de Basques donc  à l’horizon mais le magnifique parc national du Bic pour nous reposer de trois jours de parcours de liaison. C’est un petit territoire de collines, dessiné par le fleuve en de magnifiques anses entre les ilots. Idéal pour deux jours de farniente et de randonnées..

Des indiens en canoë ? ou des touristes en kayak  au coucher du soleil ?

Passer du temps à regarder pousser les jeunes sapins en écoutant les chants d’oiseaux et en mélangeant la salade, il n’y a rien de tel !

Le camping du parc nous rappelle ceux du Yellowstone avec Gaëlle, il y a déjà quelques années.

Ma Dalton ou Calamity Jane ?

PS : la bière du jour est la Collin.

Elle rend hommage à un pêcheur et conteur gaspésien, Léon Collin. Son slogan : « Une poésie orale faisant découvrir le caractère unique de la haute-Gaspésie. »

 

 

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Les îles Mingan

Sur la route 138, on s’est offert un pas de côté, une excursion aux îles Mingan.

Ce chapelet de petites îles, visible depuis la côte est le paradis des oiseaux et des ornithologues.

C’est aussi le terrain de jeux de mammifères marins. On y a retrouvé nos amies les baleines, ici un rorqual,

et des phoques, ma foi bien curieux.

La côte de l’île nue se rapproche et une sentinelle nous surveille.

Elle n’est pas seule et on reçoit un accueil chaleureux des pingouins, très fiers de leur île.

Les macareux sont aussi au rendez-vous.

Mais ce sont surtout les rochers qui méritent le détour.

Une cohorte de personnages statufiés nous attend sur le rivage.

Pour le retour, on a été accompagné par un pingouin volant   sous le regard blasé de deux sternes sur leur tronc d’arbre.

Demain, on traverse le fleuve pour rejoindre Trois-Pistoles et ensuite, route vers la Gaspésie !

PS : la bière du jour est une  Pit Caribou, brassée en Gaspésie, of course.

 


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Route 138

Tout le monde connait la mythique route 66 aux états-Unis. Nous, on a choisi de « faire » la route 138. Elle part de Québec et longe la rive gauche du Saint-Laurent jusqu’à l’Atlantique.

Le fleuve, qui fait déjà un km de large à Québec, s’élargit petit à petit jusqu’à devenir un golfe majestueux dont on ne voit plus l’autre rive.

Question orientation, ce n’est pas compliqué. Si vous sortez de Quebec par l’est, vous prenez la 138 et c’est tout droit sur 1080 kms ! De toutes façons, il n’y a pas d’autres routes !

A main droite, vous apercevez le Saint-Laurent de temps en temps entre les sapins, et à main gauche, c’est la forêt. C’est simple.

Les villages se succèdent et se ressemblent. De jolies maisons de bois peint, posées sur des pelouses impeccables, à bonne distance les unes des autres -on a de la place au Canada-. Difficile d’identifier un centre-ville. On n’est pas en France où les habitations se pelotonnent autour de l’église, du bistrot PMU, de la boulangerie et de la pharmacie. Ici, les maisons sont dispersées le long de la route, avec comme seuls repères l’église blanche en bois et le « Dépanneur ».

Celui-ci est une véritable institution, héritage du « Magasin général » de l’époque des pionniers. On y trouve une épicerie, du pain, un téléphone public, les tickets de loto, un coin de vente d’alcools, des médicaments, des sacs de glaçons, des permis de chasse et de pêche, des vers, mais aussi souvent un distributeur de billets, un café, des pâtisseries maison et quelques plats chauds, une pompe à essence, bref, tout ce qu’il faut pour se… dépanner.

C’est surtout le cœur vibrant de la communauté. Un village sans dépanneur, c’est un village qui meurt !

Les villages sont souvent installées à l’embouchure des rivières qui se jettent dans le fleuve. Ces rivières sont toutes magnifiques et on ne se lasse pas de les admirer. Souvent tumultueuses, elles sont le terrain de jeu des saumons. Elles étaient aussi des voies de communication essentielles pour les autochtones qui les remontaient pour rejoindre l’hiver leurs terrains de chasse en forêt, avec leurs fameux canoës en écorce de bouleau.

La conquête de la Nouvelle-France est inscrite dans les noms géographiques le long de la côte.. Bien sûr, des noms « indiens » ont été conservés , souvent déformés, pour nommer des rivières ou des villages. Mais comme l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs, descendre la 138, c’est remonter le cours de l’histoire.

La première nuit après notre départ du Paradis marin, nous avons ainsi dormi un peu après les Ilets-caribou et Grand-ruisseau sur le petit port de Rivière-Pentecôte, au bout de la rue des Pionniers, juste après la Pointe à Toune, la Pointe à Fred, l’Anse des billots, au fond de la Baie des homards. Plus loin, on voyait l’Anse du coffre-fort, le Havre à Picard, la Baie des îles de mai. On imagine bien les marins bretons ou basques arrivant pour la première fois sur le Saint-Laurent, et nommant ainsi tous les caps, baies, anses, pointes qu’ils découvraient devant l’étrave de leurs bateaux.

Il ne faut pas s’étonner que le Québec soit une terre de conteurs !

Bizarrement, on n’a pas vu de Baie des maringouins, les moustiques locaux, ou de Cap des mouches noires. Pourtant, ces insectes sont une vraie engeance, une calamité. Impossible de profiter des soirées douces de l’été québécois sans se tartiner et souvent c’est enfermés dans le fourgon, après une chasse aux intrus qu’on a profité du paysage à travers les vitres. On en veut particulièrement aux minuscules mouches noires qui vous arrachent insidieusement des lambeaux de peau. Nous sommes pour la biodiversité, mais jusqu’à un certain point.

A force de rouler vers le nord-est, le paysage change imperceptiblement.. Toujours autant de rivières à traverser, mais les sapins qui encadrent la 138 deviennent de moins en moins vigoureux. On passe tout doucement vers une végétation boréale.

De jolis villages, de plus en plus espacés, ponctuent notre « montée » vers la fin de la route. Des pancartes signalent que tel hameau a fêté l’an dernier les cent ans de son existence ! On comprend que les nord-américains soient subjugués par nos vieilles pierres quand ils traversent l’Atlantique.

Une étape à Longue-Pointe-de-Mingan nous a donné l’occasion d’une balade vers les îles Mingan et ses phoques, rorquals, macareux, pingouins. On vous réserve pour bientôt (les québécois diraient « pour tantôt ») un billet spécial sur le sujet !

Notre objectif était Natashquan, tout au bout du goudron, à mille cinquante kms de Québec. Le village d’Aguanish, trente kms avant cela, nous a réservé une jolie surprise.

En entrant dans la boutique du fumoir de saumon local, on découvre un drapeau un peu particulier : celui de l’Acadie, tricolore, avec une étoile jaune. La petite communauté d’Aguanish est en fait formée des descendants de réfugiés acadiens, qui ont quitté les îles de la Madeleine – au centre du golfe du Saint-Laurent- lorsque le gouverneur anglais des îles leur a rendus la vie impossible. L’histoire tragique de l’Acadie.

Le drapeau acadien flotte aussi fièrement dans le village. Ces français, originaires de ce qui est aujourd’hui le Nouveau-Brunswick et l’ïle-du-Prince-Edward, deux provinces « anglaises » au sud du Québec, ont été éparpillés dans toute la région lorsque les Anglais les ont expulsés de leur terre. On en reparlera sûrement quand on passera pas là dans quelques semaines.

Et puis, voici enfin Natashquan, trois cents âmes, son dépanneur, son église, son bistrot, son restaurant -excellentes lasagnes aux pétoncles- et ses « galets ». C’est ainsi que l’on appelle ici ces cabanes de pêcheurs sur la baie .

C’est l’image emblématique du village et c’est vrai qu’elle sont belles sous le soleil. On a du mal à les imaginer l’hiver lorsque la baie est prise dans les glaces et que l’on circule dans les rues en moto neige !

 

Le village est célèbre dans tout le Québec pour être le lieu de naissance de Gilles Vigneault.

L’auteur de « mon pays c’est l’hiver » a aujourd’hui quatre vingt onze ans et a encore donné des concerts l’an dernier à Montréal. Les Vigneault font partie des familles acadiennes venues se réfugier sur la côte nord au XIXème siècle.

La petite maison de ses parents est en cours de rénovation pour accueillir bientôt les visiteurs pour une présentation de l’oeuvre de l’enfant du pays.

On trouve ici une vraie ambiance de « fin de la terre », et c’est ce qu’on recherchait. Natashquan, fin de la route 138 ? après avoir crié victoire, on s’est rendus compte que ce n’était pas tout à fait vrai. Si le goudron s’arrête au bout du village, la 138 continue ! Une piste de quarante cinq kms file dans le paysage de toundra jusqu’au dernier hameau accessible en voiture, Kégashka. Plus loin, encore quelques villages québécois ou Innus, isolés, sans route, accessibles seulement par bateau ou avion.

On a bien entendu poussé jusque Kégashka, ne serait-ce que pour la photo !

Nous sommes toujours au Québec, mais surprise, le hameau est anglophone. A l’épicerie, on nous explique que ce sont des migrants du Labrador, plus au nord, qui ont fondé la communauté. C’est aussi le premier vrai port de pêche que l’on rencontre sur notre route. Un petit côté breton pour ce village du bout du monde ! Ici c’est la pêche au crabe qui fait vivre les gens.

Nous méritions bien, après ces mille kms, un pique nique sur la plage, avec des toasts de saumon fumé d’Aguanish sur un lit de beurre de chicoutai, accompagné par un Alsace made in Riquewihr, miraculeusement arrivé jusqu’au dépanneur local.

Au café-épicerie-restaurant, on se fait servir un café -en anglais- quand une dame entre avec ses deux garçons. Visage rond, teint cuivré, tout sourire, francophone, c’est une Innu qui habite encore plus loin sur la côte. La nation autochtone Innue est présente dans neuf villages de la côte nord. Pour rejoindre Kegashka, la seule solution pour elle l’été est de prendre le bateau qui fait le cabotage le long de la côte jusqu’au dernier village québécois – Blancs sablons – avant le Labrador. L’hiver elle vient à Kegashka en moto-neige.

Aujourd’hui, après une robuste poutine, elle part pour Québec avec son pick up, garé en permanence sur le port. A son tour de prendre la 138, mais dans l’autre sens ! Bonne route !

PS : et comme il faut bien faire demi-tour, la bière du jour sera la Vire capot.


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De l’eau, du vert et des baleines

Après Québec, direction la côte nord, le long de la rive gauche du Saint-Laurent.
Au sortir de la ville, les chutes Montmorency sont incontournables.

Elles sont plus hautes que le Niagara, même si elles sont moins larges.

On les a abordées par le haut et pour aller au pied des chutes, un escalier de 450 marches permet de prendre une douche gratuite. Par contre, il faut ensuite les remonter ! N’est-ce pas Chon ?

Une nuit à sur l’ïle d’Orléans, juste en face des chutes, a été l’occasion d’avoir une pensée pour Félix Leclerc, qui a chanté le tour de l’île, et dont la tombe fait face à la mer. On y  a essayé le vin (bof) et le cidre locaux (re-bof). Par contre les fraises sont excellentes.

Et les roches sur le bord du fleuve à Saint-Jean de l’Ile d’Orléans y sont étranges.

L’étape suivante a été pour le parc national des hautes gorges de la rivière Malbaie.

Après un orage diluvien et une bonne nuit sous la pluie à Malbaie, on s’est lancés à l’assaut du parc, avec une belle randonnée de douze kms dans la forêt. Forts de notre expérience de Saint-Elie de Caxton, on s’était badigeonnés d’un cocktail détonnant d’anti-maringouins. Ca les a -à peu près- tenus à distance.

Très belle balade dans le vert tendre du début d’été québécois. Cela nous a réconciliés avec la forêt.
Après que Daniel ait suivi le match France-USA dans un café, route vers Tadoussac, la capitale des observations de baleines.

En effet, autour de Tadoussac, à l’embouchure du fjord Saguenay, elles trouvent leur nourriture dans les profondeurs du fleuve Saint-Laurent, qui a des fosses de plus de cinquante mètres à cet endroit. Pas de chance pour nous, nous sommes tombés sur le weekend du festival de la Chanson de Tadoussac, et le village était envahi de milliers de visiteurs. Les deux campings étaient complets. On a donc continué vers le Paradis marin et on ne l’a pas regretté.

Le Paradis marin est un camping très nature aux Grandes Bergeronnes. On nous l’avait chaudement recommandé et on n’a pas été déçus. Face au fleuve, et face aux baleines (en principe), il correspond tout à fait à notre philosophie du voyage. De la nature, du bon air et la tranquillité absolue. Le camping résonne seulement du rire des campeurs et des observateurs de baleines. Les Québécois sont un peuple charmant et joyeux. Ils engagent spontanément la conversation entre eux et avec nous. C’est vraiment très agréable. Avec eux, on a plus l’impression d’être en vacances plutôt qu’en voyage.

Bon OK, depuis deux jours, on a beau observer les eaux du fleuve, pas une énorme baleine à l’horizon mais des dizaines de magnifiques bélougas blancs et quelques petits rorquals. On a surtout sympathisé et bavardé avec les observateurs.


A notre tableau de chasse de photographe, tout de même trois belougas (si, si, ce sont eux sur la photo !) et quelques marsouins. Ce n’est pas faute de surveiller ce qui ressemble plus à une mer qu’à une rivière. On voit à peine la côte de la Gaspésie en face !

Par chance, le soleil est de retour. L’occasion de faire sécher les chaussettes. Qui a dit que des vélos étaient inutiles en voyage ?

La bière du jour, : la Canardière, dont le goût et l’arôme sont censés évoquer les fruits tropicaux, les agrumes et la résine. Santé !