Daniel et Chon

Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront (René Char)


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Dans la tanière du loup

Mais où se cachait Hitler pendant la guerre ? A Berlin ? sur son nid d’aigle en Bavière ? S’il y est passé de temps en temps, il a surtout passé plus de 800 jours de juin 1941 à décembre 1944 au fin fond de la Pologne, près de l’enclave russe actuelle de Kaliningrad et de la frontière lituanienne, dans une forêt profonde, loin de toute ville.

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Il y a installé son QG et les principaux  chefs nazis,  Bormann, Göring, Keitel, Speer, Von Ribbentrop. Himmler avait sa résidence tout près. Hitler a  lui-même baptisé son camp retranché la Wolfsschanz,  la Tanière du loup, Wolf’s lair en anglais. Cachés sous les arbres, leurs bunkers, eux même recouverts d’herbe, n’ont jamais été repérés par les Alliés. Une ligne de chemin de fer assurait la liaison avec un aérodrome à quelques kms, qui permettait de rejoindre Berlin.

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C’était en fait une ville de 2000 personnes, dont 500 officiers nazis, qui s’affairait sous la protection de la forêt. Beaucoup de bâtiments en bois ont disparu. Restent les bunkers des principaux dirigeants et des hangars.

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Il est difficile de visualiser comment fonctionnait ce camp fortifié. Il a fallu 10 ans pour nettoyer les 50 000 mines laissées par les Nazis en partant en catastrophe en janvier 1945 devant l’avancée de l’Armée Rouge, après avoir fait sauter le site.

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Bunker d’Hitler

On se promène sous les frondaisons et au hasard de la balade, on découvre un fortin écroulé, un bout de mur, et soudain une trentaine d’énormes bunkers dynamités, ceux des dignitaires et bien sûr le plus impressionnant est celui du chef. On passe aussi devant celui de Göring, de Keitel et celui des invités, cachés dans les arbres.

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Bunker d’Hitler

Celui d’Hitler est énorme, avec des murs et toit de 6m d’épaisseur. On a du mal à croire qu’il y avait 600 m2 habitables, avec un appartement et des salles de réunion. En pénétrant dans les couloirs (le reste est effondré), on est au coeur du réacteur nazi, et de la machine infernale née de la folie d’Hitler. Et tout paraît si bucolique alentours !

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On passe aussi devant les fondations du bâtiment en bois où a eu lieu l’attentat contre le Fürher le 20 juillet 1944. Une bombe placée sous la table par un officier allemand  a tué plusieurs généraux mais seulement blessé légèrement Hitler.

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Il parait qu’il commençait ses journées par une promenade seul avec son chien, un peu comme on l’a fait nous aussi sous les premières couleurs de l’automne polonais. C’est une impression étrange, de paix mêlée d’effroi, que de marcher sur ces chemins forestiers, au milieu de ces ruines.

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Derrière le parking, un espace agréable sous les arbres est prévu pour les camping cars. On avait prévu d’y passer la nuit. Sauf que…

Le dernier bâtiment que l’on voit dans le parcours est un hangar qui servait de garage. C’est aujourd’hui un stand de tir où un type en treillis vous invite à tirer sur des bouteilles ou des écureuils en carton pour quelques zlotys.

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Effet garanti ! C’est pour cela qu’en arrivant sur le parking on a entendu des tirs d’armes automatiques. On peut s’éclater avec des mitraillettes de l’époque ! Et si cela ne suffit pas, on peut se faire promener sur le site en véhicule SS, piloté aussi par un gars en vert-de-gris ! quel romantisme ! Manquait juste la croix gammée sur les véhicules.

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Qui peut bien jouer à cela ? des nostalgiques ? des inconscients ? des malades ? En tous cas, ceux qu’on a croisés dans leur véhicule blindé semblaient aussi tranquilles que dans une calèche à Cracovie ou Marrakech.

Cela nous a fichu la nausée, et on n’a pas pu rester pour la nuit. Exit la Wolfsschanz, et direction une pelouse près d’un lac à 10 km.

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Kolejka, le Monopoly communiste

A Gdansk, nous étions hébergés chez Krystyna, une couchsurfeuse de notre âge, enseignante d’arts plastiques à la retraite.

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Nous avons passé avec elle deux soirées passionnantes, dont l’une à jouer à Kolejka.

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Kolejka veut dire la Queue en polonais, et c’est aussi un jeu de société !  Le but du jeu est d’acheter ce dont on a besoin pour vivre en faisant la queue devant les magasins. C’est une plongée dans le quotidien des Polonais avant 1989. D’après Krystyna, c’est vraiment comme cela que cela se passait.

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Sur le plateau de jeu, il y a 5 magasins : alimentation (spozywczy), électro-ménager (rtv-agd), meubles (meble), vêtements (odziez) et kiosque (kiosk).

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En début de jeu, chaque joueur tire une carte qui lui donne la liste des objets qu’il va devoir essayer d’acheter : par exemple 4 produits alimentaires, 2 meubles, 3 vêtements et 1 appareil ménager.

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Chaque joueur dispose de 5 petits personnages de couleur, censés représenter sa famille, parents, grands-parents, qu’il peut mobiliser pour aller faire la queue.

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Le rythme du jeu est basé sur la journée. Une journée fait 3 tours de plateau . Cela veut dire que l’on joue  3 fois, chacun à son tour, en posant à chaque fois un membre de sa famille dans une file, en fonction de ses besoins. En « fin de journée », les premiers d’une file pourront acheter un objet dans la boutique.

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Cela pourrait sembler très statique mais ça se corse ! Les produits  dans les boutiques sont découverts après le positionnement des gens dans la queue. 3 cartes sont tirées après que la queue soit formée. Par exemple, sur la photo ci-dessus, le lundi, on voit qu’il n’y a à vendre que 3 objets de bricolage, 3 articles de consommation et 2 appareils ménagers. Cela veut dire que si vous faites la queue pour des vêtements, il n’y aura rien aujourd’hui ! Mais peut-être demain ? Aussi le soir, à la fermeture, on peut choisir de se retirer d’une queue vide (mais qui sait si demain…) ou y passer la nuit au cas où…

L’élément central de ce jeu, ce sont les attributs que les joueurs tirent aussi au hasard chaque matin. Ce sont des personnages qu’ils vont pouvoir incarner ou des actions qu’ils vont pouvoir faire dans la journée. Ils sont aussi au nombre de 3, tirés au sort parmi ceux-ci :

  • Je suis une femme enceinte ou j’ai un bébé avec moi : en abattant cette carte, je peux passer en tête d’une file où je me trouvais déjà.
  • J’ai un copain dans le personnel du magasin : il va me vendre quelque chose sous le manteau.
  • J’ai un copain au Parti : je vais pouvoir regarder à l’avance ce qui va arriver demain sur les étagères et agir en conséquence.
  • C’est mon jour de chance : je peux remonter à la deuxième place de ma file parce que les autres me font une fleur car ils me connaissent.
  • Il y a eu erreur de livraison (il paraît que cela arrivait) : je peux par exemple déplacer un appareil ménager et le mettre en vente dans la boutique de vêtements si je suis premier de cette file et que j’ai besoin d’un épluche légumes !
  • Je suis un tel mauvais coucheur, tellement irascible que l’on me laisse tricher d’une place dans la file pour avoir la paix.
  • Je suis membre de la police secrète et je pointe une personne dans la file que je dénonce comme critique du système : cette personne perdra 2 places. (Si par exemple j’étais deuxième, je me retrouve donc en tête de queue.)
  • J’ai une carte Remanent (Inventaire) que je peux abattre à tout moment sur un magasin : dans ce cas là il est fermé brutalement jusqu’au lendemain. Cela peut bloquer un joueur qui allait gagner.

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La queue est donc une mini-société de personnes qui se déplacent (ou non) en attendant de pouvoir entrer dans un magasin achalandé (ou non), en fonction de toutes ces interactions.

Après les 3 tours correspondant à une journée, les heureux élus peuvent acheter le produit présent dans le magasin, s’il existe. Et si ce n’est pas ce qu’on recherchait ? il vaut mieux repartir avec une paire de chaussures, même si on cherchait des fauteuils, car il n’y a rien de pire que de repartir sans rien : on pourra toujours essayer de les échanger ensuite (cela aussi est prévu par le jeu). Les autres peuvent choisir de s’entêter et passer la nuit devant la porte, ou rentrer chez eux pour ensuite, le lendemain matin se repositionner ailleurs, avec 3 nouvelles cartes d’interaction, mais à la fin de la queue  !

J’allais oublier qu’il y a aussi des personnages maléfiques, les Speculators. Habillés de noir comme Dark Vador, ils achètent tout et n’importe quoi pour les revendre au marché noir !

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Celui ou celle qui a gagné est bien  sûr le joueur qui a acheté tous les articles qui étaient sur sa liste.

D’après Krystyna, tous ces détails sont basés sur la réalité des files d’attente quotidienne pendant la période communiste, surtout les dernières années où les Polonais manquaient de tout.

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Krystyna nous a ainsi raconté que, par exmple,  pour obtenir des meubles pour son appartement (une seule gamme était disponible), elle a fait la queue 3 jours et 3 nuits de suite, laissant ses enfants à la garde de sa tante !

En 1985, il y a eu un moment où on ne trouvait plus que des bouteilles de … vinaigrette dans les magasins d’alimentation. Il a même fallu qu’on interdise d’acheter plus de 2 bouteilles à la fois, car certains en achetaient 5 pour les revendre au marché noir !

Avec toute cette tension, il arrivait que des amis puissent se fâcher pour une place dans la queue. Et certains trichaient, par exemple en habillant chaudement une poupée, l’hiver, dans un landau, pour contourner la file d’attente.

Ce jeu est un peu comme un Monopoly communiste. Il faut l’avoir vécu pour inventer un jeu pareil ! En jouant avec quelqu’un qui vous raconte son quotidien de l’époque, il devient d’autant plus réaliste, stressant, mais aussi  passionnant.

La Pologne, qui aujourd’hui ressemble à n’importe quel pays d’Europe de l’Ouest, revient de loin.

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Au fait, devinez qui a gagné ? Krystyna bien sûr, avec ses 20 ans de pratiques des files d’attente dans la vraie vie !

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Gdansk ville hanséatique

Gdansk, c’est bien sûr Solidarnosc, les chantiers navals et Lech Walesa. L’électricien moustachu est maintenant retiré de la vie publique. Après avoir été Président de la République  de 1990 à 1995, il a finalement été repoussé par les Polonais, notamment pour ses positions conservatrices, avec seulement 1% de voix aux élections présidentielles de 2000. solidarnosc_logo

Les chantiers navals périclitent, mais le syndicat est toujours vivant : nous avons trouvé un tract réclamant des augmentations de salaire pour les personnels des musées sur le comptoir du Musée de la Marine.

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Mais Gdansk, alias Dantzig, c’est d’abord une des principales villes de la Ligue Hanséatique, qui a conservé le monopole du commerce en Mer du Nord et Baltique, du XIIème au XVIIème siècle.

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Sa position à l’embouchure de la Vistule, navigable jusqu’à Torun à 200km dans les terres lui a permis d’être le débouché de tout l’arrière pays polonais pendant des siècles. La richesse de Gdansk se voit encore dans ses portes monumentales et les bâtiments des riches commerçants de la Hanse.

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La ligne d’horizon de la ville est marquée par les grues du port, mais aussi par la masse de la cathédrale. Elle est énorme, peut accueillir 20000 personnes, mais est surtout très moche !g1

Nous avons passé de bons moments à regarder le flot des passants sur les quais le long des canaux, face à l’énorme grue de l’époque médiévale, en surplomb au dessus de l’eau.

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En face de la grue, il ne faut pas manquer le Musée Maritime. L’épopée de Gdansk l’hanséatique y est présentée de manière très vivante et complète, et on a adoré les maquettes.

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Et comme une visite de ville doit toujours se terminer autour d’une bonne table, Krystyna, notre nouvelle amie couchsurfeuse nous a fait découvrir le meilleur restaurant de Pierogi de Gdansk. Il est à Oliwa, dans la banlieue nord, près d’un très beau parc.

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Une ballade sous les arbres nous avait mis en appétit, et les Pierogi étaient formidables. Ce sont des « raviolis » king-size avec des farces toutes meilleures les unes que les autres. On vous conseille les Pierogi au sanglier nappés de sauce aux chanterelles, et préparés sur place. Y’a pas plus frais !

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Et pour finir, un petit jeu : combien de pierogi sont cachés dans l’image ?

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Prochain billet : Kolejka, un jeu communiste

 

 

 

 


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Locquirec sur Vistule

Après Malbork, nous sommes montés jusqu’à la Baltique, 50 kms plus haut.On n’avait pas vu la mer depuis Istanbul.

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Des deux côtés de Gdansk, où nous serons ce week end, des langues de terre créent des presqu’îles de sable et de pinèdes, à droite et à gauche de l’embouchure de la Vistule. On se croirait du côté de La Palmyre ou sur la presqu’île de Quiberon.

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Dans le village de Krynica Morska où nous sommes, on trouve les mêmes bouées-canards et parasols qu’à Royan ou Locquirec. C’est déjà la fin de saison (ouf !) et les campings (n°179 N54.37855 E19.40546) sont déjà presque déserts. Ce n’est pas pour nous déplaire !

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Et sur la plage, on pourrait être aux Sables blancs à Locquirec. Il fait 22° en ce 2 septembre (30° à Limoges ?!) et l’eau a la même température qu’en Bretagne nord. On s’est même baignés sans burkini !

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Avec une petite bière et une friture pour finir la journée,

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avant un coucher de soleil magnifique.

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Chez les chevaliers teutoniques

Un peu d’histoire… (C’est la rentrée des classes)

En 1231, le duc Conrad de Mazovie (dans l’est de la Pologne actuelle), incapable de refouler les méchants Baltes et Saxons païens à sa frontière, appelle à la rescousse les moines-soldats de l’Ordre teutonique. Il les invite à s’installer sur la côte polonaise pour l’aider à repousser ses voisins. Mal lui en a prit : non seulement les Teutons écrasent les Baltes, mais se taillent un royaume énorme sur toute la côte jusqu’en Estonie, à l’exception de la Lithuanie.

Par Space Cadet de en.wikipedia.org, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=929739

Il faudra attendre la bataille de Grunwald en 1410 pour que l’alliance polono-lithuanienne prenne le dessus sur les chevaliers teutoniques. Les populations allemandes sur place constitueront la future Prusse orientale. On retrouve presque sur cette carte les futures frontières de l’entre deux guerres, avec le fameux couloir de Dantzig.

Par DerHexer; derivate work: Carschten — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=11052758

Les chevaliers teutoniques feront de Marienberg (Malbork en polonais) leur capitale et y construiront en 1274 le plus grand château de brique rouge d’Europe. Il a été gravement endommagé par les combats de 1945. les Russes l’ont pilonné pour déloger les Allemands.

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Aujourd’hui, il est entièrement restauré. L’église a été en grande partie reconstruite et n’a ouvert au public qu’en 2016. Le mur d’enceinte entoure 20 ha de terrains et de bâtiments. Il nous a fallu 3 heures pour parcourir l’ensemble. C’est le plus beau château fort que nous ayons vu, avec le Krach des chevaliers en Syrie (mais dans quel état est-il aujourd’hui ?)

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Les chevaliers teutoniques, ordre créé lors des croisades à Jérusalem, avaient comme sainte patronne la Vierge, d’où la statue de 20m de haut sur la façade du château.

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Il ne fait pas chaud l’hiver en Poméranie, et même les statues peuvent avoir froid !

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Torun à vélo

Depuis Varsovie, nous sommes remontés vers la Baltique en deux étapes.

Nous nous sommes d’abord arrêtés à la jolie ville de Torun sur la Vistule, elle aussi classée UNESCO.

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Cette cité commerçante était toute proche de la frontière allemande d’avant 1945 et a visiblement intégré des aspects germaniques. On pense aux villes du nord de l’Allemagne. Nous passons petit à petit dans l’univers de la brique rouge.

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Mais les façades peintes et décorées restent toujours aussi belles.

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Décidemment, toutes ces villes polonaises sont superbes !

La Pologne est aussi le pays du vélo ! Les campagnes qu’on a traversées jusqu’ici sont plates, sauf dans le sud-est, et c’est un plaisir de parcourir les villes en pédalant. Il y a des pistes cyclables partout, les piétons partagent les larges trottoirs et les voitures s’arrêtent pour vous laisser passer. C’est encore mieux qu’en Hollande où il y a tellement de vélos qui roulent vite qu’on est un peu stressés. A Torun, on a même trouvé une borne gratuite avec pompe et outils de réparations  !

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On va rentrer avec des mollets de coq !

 

 


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Varsovie revient de loin

Le 1er août 1944, le gouvernement polonais en exil et la résistance intérieure lancent l’insurrection de Varsovie contre l’occupant nazi. L’objectif est de libérer la ville pour accueillir ensuite l’Armée rouge qui arrive, en capitale d’un pays libre.  Si le centre ville est vite vidé des soldats allemands, l’euphorie est de courte durée. La contre-offensive durera 63 jours et la population sera écrasée sous la puissance de feu allemande. Les soviétiques,  à quelques kms seulement de la ville, restent l’arme au pied et sourds aux appels à l’aide de Varsovie ! Staline préférait récupérer à la fin de la guerre une Pologne exsangue vidée de ses résistants et de ses élites et a laissé faire les Allemands sans bouger.

Les Nazis détruiront 85% de la ville et lorsque l’Armée rouge y entrera finalement, en janvier 1945, elle ne trouvera dans les ruines qu’un millier de survivants hagards. Avant cela, elle aura envoyé au Goulag ou assassiné les résistants polonais. Les photos de l’époque sont hallucinantes, sans doute les mêmes que celles de Dresde,  bombardée massivement par les alliés.

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Le musée dédié à l’insurrection raconte cette histoire de manière très poignante, bien qu’ on en ressorte avec un certain malaise, car tous les habitants sans exception semblent avoir été des résistants combattants et les communistes polonais installés au pouvoir par les Russes semblent être sortis de nulle part en 1945.

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Aujourd’hui Varsovie est reconstruite, même si on peut penser que certains terrains vagues couverts d’herbes folles et entourés de palissades pourraient dater de 1944. On arrive en ville par des autoroutes à quatre-voies toutes neuves et de grandes avenues bordées d’immeubles dignes de la Défense.

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Le symbole de la longue parenthèse communiste est la Palais de la Culture et de la Science qui dominait la ville à la chute du régime, et reste le point culminant du paysage urbain. Il est aujourd’hui entouré de tours futuristes et d’une gare ferroviaire ultra moderne.

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Tout semble neuf. Les nouveaux bâtiments de verre -des banques, des bureaux, des hôtels- tranchent avec les austères bâtiments staliniens. Bizarrement, nous n’avons vu aucun drapeau européen contrairement, par exemple, à la Bulgarie et la Roumanie.

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Quant à la vieille ville médiévale, elle a été reconstruite entièrement à l’identique avec ces places aux belles maisons décorées et son château. On pourrait oublier totalement que ce quartier a seulement 70 ans !

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La voie royale qui relie les parties de la vieille ville est le soir le domaine des piétons, des vélos, des musiciens de rue, des danseurs de hip-hop et des bulles de savon !

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On a passé à Varsovie une soirée formidable, avec un concert de jazz flamenco -gratuit- qui clôturait le festival qui a lieu chaque été sur la  place centrale du « vieux » quartier. Si vous avez l’occasion de voir et d’entendre le « Antonio Serrano quartet », n’hésitez pas : Serrano lui-même est un harmoniciste extraordinaire et le guitariste Antonio Sanchez est digne de Paco de Lucia. Voici un extrait du concert !

 


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De Padoue à Jérusalem

Après Cracovie, nous voulions passer par Lublin, souvenir des lectures de Isaac Bashevis Singer oblige. Beata et Marek nous ont convaincus de faire le détour par Zamość. Et ils ont bien fait.

La vieille ville de Zamość a été créée ex nihilo en 1588 par Jan Zamoyski, riche noble, homme politique et diplomate du XVIème siècle.  La ville, établie sur son domaine privé, a été conçue à des fins de commerce et de résidence personnelle ; il y a élevé son palais. Le résultat est spectaculaire.

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Bâtie au centre d’un système de défense avec redoutes, douves, fortifications, elle a été dessinée par un architecte originaire de Padoue, Bernardo Morando, dans un style Renaissance. D’où son surnom de Padoue du nord.

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La synagogue blanche a été réhabilitée et abrite un petit musée.

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Se promener dans le centre piétonnier et se balader en vélo dans les jardins qui entourent les fortifications est un vrai plaisir. C’est sans doute une des plus jolies petites villes que nous ayons rencontrées jusqu’ici, même si on trouve sur la grand-place des publicités incongrues.

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Le ciel était digne d’une peinture flamande ce jour-là…

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150 km plus au nord,  Lublin, en plus d’être un centre de commerce important entre Vilnius et Cracovie,  était bien sûr un grand centre talmudique et les rabbins de la place avaient une grande autorité, bien au delà des frontières. De là vient son titre de  Jérusalem de Pologne. Ceci bien sûr avant la Shoah qui a, comme partout en Pologne,  vidé Lublin de sa population juive. C’est aussi ici qu’a été signé le traité d’Union entre la Pologne et la Lituanie, formant la République des Deux Nations, en 1569. Cette union durera jusqu’en 1791.

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Sur une butte, le château et son donjon du XIIIème siècle surveillent la ville.

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La chapelle du château et ses fresques russo-byzantines témoignent de l’ampleur des échanges commerciaux à Lublin, entre est et ouest, Baltique et Mer Noire. La cathédrale est aussi assez étonnante.

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Riche de son passé glorieux de carrefour commercial entre la Baltique et le sud de l’Europe, Lublin est une très belle ville avec des maisons décorées de fresques.

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Sur la place principale, un restaurant juif emblématique, la Mandragora, où on goûte toutes les spécialités  du petit monde yiddish, sur fond de  musique Klezmer et de murs dessinés dignes de Chagall, maintient la tradition.

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On pourrait se croire dans le violon sur le toit !

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Surprise le lendemain matin : nous étions garés pour la nuit sur un parking au pied de la vieille ville, et dès 6h du matin, nous avons été réveillés par un marché aux volailles, aux pigeons et aux lapins ! Nous étions au milieu de la basse-cour, mais visiblement cela ne dérangeait personne.

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Quittant Lublin pour Varsovie, il nous restera à vérifier un jour si Padoue et Jérusalem méritent les titres de Zamość du sud et de Lublin d’Israël !

 


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Birkenau, la mort industrielle

Tout a déjà été dit et écrit sur Auschwitz-Birkenau. On a tous en tête les images terribles des camps et le regard halluciné des rescapés. Il n’empêche que visiter les lieux du plus grand massacre de l’histoire reste incontournable ne serait-ce que pour honorer la mémoire du million de morts.

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la visite se fait en deux temps : tout d’abord Auschwitz, le camp originel. C ‘était au départ un camp d’internement des opposants polonais et soldats soviétiques. C’est devenu très vite un camp de travail puis d’extermination. Sous un ciel plombé, nous avons parcouru les allées  entre les bâtiments de brique rouge à un étage.

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Chaque bloc abrite des expositions qui racontent l’horreur. Impossible cependant de prendre le temps de la réflexion : il y avait tellement de monde que nous étions littéralement poussés de pièce en pièce, dans une file ininterrompue digne des couloirs du métro à 6h.  Il nous restera tout de même des images terribles, comme la montagne de cheveux humains, les tas de chaussures et les papiers commerciaux : commandes de ballots de cheveux par des usines textiles en Allemagne, accusés de réception de lingots d’or provenant de la fonte des dents des suppliciés. La machine administrative était bien rodée. La visite d’Auschwitz se termine par le passage dans une chambre à gaz que jouxtent 2 fours crématoires. Glaçant.

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Birkenau a été créé un peu plus tard, à 3 km d’Auschwitz, quand la solution finale a été mise en place. 300 baraques de bois ou de briques ont accueilli jusqu’à 95 000 détenus destinés à être gazés. Et ce sont eux qui ont entièrement construit le camp ! Les wagons y entraient en passant sous le fameux porche, déchargeaient leur cargaison humaine qui était immédiatement triée sur le quai.

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Ceux qui étaient aptes au travail bénéficiaient d’un sursis, et rejoignaient des baraquements où ils étaient entassés à raison de 1000 à 1300 personnes par bâtiment prévus pour 750, dormant sur des bas-flancs de bois, dans des conditions effroyables.

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Les autres étaient directement dirigés au fond du camp vers les chambres à gaz. Celles-ci ont été dynamitées par les Nazis avant l’arrivée de l’Armée Rouge. Les ruines sont toujours là. Les allemands ont forcé les survivants à les accompagner dans des marches terribles vers les camps en Allemagne. 15 jours après leur départ, les Russes découvraient le camp, et les 7 000 malades qui avaient été abandonnés sur place.

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Comment des êtres humains ont-ils pu atteindre ce degré de déshumanisation ? Comment des millions de soldats et de fonctionnaires allemands, issus de ce peuple de grande culture qui a porté la littérature et la musique à son sommet au XIXème siècle, ont-ils pu en arriver là et participé à cette entreprise de haine et de mort industrielle ? Les questions restent sans réponse et on en sort avec la peur au ventre : cela pourrait-il se reproduire un jour ? Ces questions sont d’autant plus présentes que l’Europe vit un moment terrible de montée des égoïsmes, du racisme, des nationalismes, du repli sur soi, de haine de l’Autre. Vit-on un remake des années 30 ?

A la sortie du camp, comme une bouffée de vie malgré tout, le premier immeuble que l’on rencontre propose au rez-de-chaussée des cours de tango et de danses de salon. De grandes affiches  montrent des couples virevoltant sur une piste de danse. La vie a quand même repris à Auschwitz.


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On a craqué pour Cracovie

Voyager au long cours, c’est garder la curiosité, l’envie de découvrir sinon on emmagasine les visites de sites et très vite, le regard s’émousse. On se dit : à quoi bon continuer ? C’est un petit peu ce qui nous est arrivé entre le 14 juillet et le 15 août. Du coup nous sommes un peu passés à coté de la Hongrie et surtout de la Slovaquie. L’arrivée en Pologne a déclenché, chez tous les deux, un regain d’énergie, et c’est reparti ! Et comme voyager au long cours, c’est aussi s’offrir le luxe de prendre son temps, on a passé une semaine entière à Cracovie, garés sur la pelouse d’un concessionnaire de camping cars (ElCamp N50.03445 E 19.87665 10€), puis sur un parking gardé du centre-ville (rue Karmelika N50.0653 E19.9282, 13€). Cela a été aussi l’occasion de renouer avec le couch surfing. Nous avons ainsi rencontré Marek, Beata et leur fils Tomek, qui nous ont accueillis très chaleureusement et avec lesquels on a passé deux après-midis très intéressantes. Ils sont, eux aussi, comme nous, inquiets de la tournure populiste et raciste que prend l’Europe toute entière.

La vieille  ville de Kracow est entourée d’une ceinture verte avec pistes cyclables et c’est un bonheur d’en faire le tour en vélo. Il fait bon vivre dans cette ville et on y mange pour pas cher !

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La grand-place est annoncée comme la plus grande d’Europe. En son centre se trouve une grande halle, magnifique. Autour, des grands cafés et des stands d’artisanat,  de babioles et de sandwichs attendent les 10 millions de touristes annuels. (photo prise sur internet)

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La très belle église Sainte Marie dans un de ses angles est envahie par les visiteurs en dehors des heures des messes. Et il y en a des messes ! Nous sommes en Pologne et les curés ne chôment pas, comme on peut le voir sur cette photo prise à Sanok.

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On a vu dans la campagne de nombreuses églises où les fidèles débordaient à l’extérieur, faute de place, pendant les offices. On est arrivé de plus une semaine après les JMJ. La ville était encore pavoisée de calicots  l’effigie de François et de Jean-Paul II.Celui-ci est une vraie star. On ne compte plus les statues et portraits de l’ancien évêque de la ville.

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Cracovie a été capitale du pays pendant plusieurs siècles et son château domine la vieille ville. C’est aussi là que se trouve la cathédrale. Celle-ci est très décevante car remplie de chapelles aux décorations surchargées, et des grands tapisseries pendent aux murs et coupent toute perspective architecturale. Le château lui-même, de style renaissance, ne nous a pas réellement passionné. Il faut dire qu’à 10h du matin, après une heure de queue, tous les billets de la journée pour visiter les appartements royaux étaient vendus ! Dommage.

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Cracovie c’est aussi bien sûr le souvenir de la seconde guerre mondiale.  La ville comptait 25% de juifs et ceux-ci ont grandement participé au développement de la cité. D’après Marek et Beata, on doit à leurs ingénieurs l’installation du réseau d’eau potable et de l’électricité.

La Pologne est le pays martyr de la guerre : 17% de la population, soit 6 millions de personnes, dont la moitié de polonais juifs y ont trouvé la mort. Pour la France, on compte 600 000 morts, soit 1,35% de la population.

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Il faut rappeler que les polonais n’ont jamais signé d’armistice et que le gouvernement en exil à Paris puis à Londres a toujours continué le combat, via la résistance intérieure et l’intégration de bataillons polonais dans les armées alliées. Pour les Nazis, la notion même de nation polonaise devait disparaître et devenir une colonie de peuplement pour les allemands. Si à Cracovie les chrétiens ont subi le joug nazi, avec son lot de privations, d’humiliations et de travail forcé, ce sont bien sûr les 70 000 juifs de la ville qui ont été la cible première. Réduits à l’esclavage, puis emmurés dans le ghetto, ils seront finalement tous expédiés à Auschwitz où ils seront exterminés.

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Du ghetto, il ne reste que quelques pans de murs – suprême sophistication dans l’horreur, les dalles du mur avaient la forme de pierres tombales- et la place centrale où les gens étaient rassemblés avant d’être embarqués pour les camps. Sur la place, des chaises métalliques symbolisent ces départs.

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La vie quotidienne à Cracovie pendant la guerre est mise en scène de manière spectaculaire et poignante dans l’exposition installée dans l’ancienne usine Schindler, cet industriel nazi qui a finalement ouvert les yeux sur les souffrances de ses employés juifs et réussi à en sauver 1 100 avant qu’ils ne soient gazés, en transférant son usine en Allemagne en 1945. C’est ce que raconte La liste de Schindler, le film de Spielberg.

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Le parcours dans l’exposition est chronologique et montre bien comment les Nazis avaient décidé de rayer la Pologne de la carte. On y voit la progression dans la répression, jusqu’à la liquidation du ghetto les 13 et 14 mars 1943.

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On y a passé 4 heures et on n’en est pas sorti indemnes. Le soir on s’est fait un film idiot sur l’ordi pour se sortir des images récurrentes de l’exposition, et des citations hallucinantes des monstres nazis (« Il est normal que le niveau de vie des polonais ne soit pas celui des allemands : on ne peut pas comparer une race de maîtres avec une race de serviteurs« , « Il faut se débarrasser des poux et des juifs« ,…).

Le quartier juif de Kazimierz est peu spectaculaire et ressemble à tous les autres quartiers de la ville. On y trouve plusieurs synagogues, parfois utilisées comme salles d’exposition ou de concert.

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Le cimetière de la synagogue Remu’h avait été détruit. Il a été reconstitué et les pierres tombales qui n’ont pas retrouvé leur emplacement d’origine ont été intégrées dans un mur d’enceinte émouvant.

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Dans les rues commerçantes, les restaurants proposent soit les falafels et cuisines méditerranéennes des Séfarades, soit les recettes plus locales des Ashkénazes, dont la célèbre carpe farcie, gefilte fish en Yiddish, qui se mange avec du raifort ou de la betterave rouge..

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On y passera une soirée mémorable entre un concert de musique Klezmer dans la Haute synagogue et une dégustation de gefilte fish arrosée de vodka. Les pistes cyclables étaient bienvenues pour retrouver le camping car en toute sécurité.