Daniel et Chon

Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront (René Char)


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DMZ

Une courte nuit en train couchettes (très confortable) et nous voici 400 kms plus bas au centre du Vietnam, à Dong Ha/ Quang tri, juste au sud de la zone démilitarisée (DMZ) et du 17ème parallèle.

Autant le dire tout de suite, c’est un peu une arnaque. Tout d’abord, on a eu beau cligner des yeux on n’a vu aucun parallèle, et les tours de la DMZ proposés aux touristes sont sans grand intérêt.

la DMZ s’étendait sur 6 kms de part et d’autre de la rivière Ben Haï , depuis la frontière laotienne jusqu’à la mer.

Photo by L’homme venteux – Own work, CC BY-SA ,https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15388426

La grande base US de Khe Sanh, à l’est dans les montagnes, avait vocation à verrouiller la piste Ho Chi Minh de l’autre côté de la frontière laotienne. En 1968, les 10 000 hommes de la base ont failli, après 75 jours de siège, subir le même sort que Dien Bien Phu. Il ne reste rien des installations, dynamitées par les Américains en partant en 1972. Quelques avions et hélicos placés là a postériori par les vainqueurs près de la piste d’atterrissage en latérite ont un peu d’intérêt. Bof.

Au milieu de la bande de terrain au sud de la DMZ, vue sur le « rockpile », un piton rocheux d’où les GI’s observaient le paysage. Bof.

Plus loin, vue sur un pont servant aux Vietcongs à infiltrer le sud. Bof.

By Pen war - Own work, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=9505259

D’après ce qu’on a lu, la seule chose vraiment intéressante, c’est la visite des tunnels de Vinh Moc. En route donc pour ce site, et en scooter cette fois-ci. La petite route côtière est magnifique sous le soleil et les plages, superbes et désertes, invitent à la baignade.

La région juste au nord de la DMZ a subi des bombardements massifs entre 1968 et 1975. Chaque habitant de la zone aurait reçu l’équivalent de sept tonnes de bombes sur la tête ! Beaucoup ont fui, sauf les combattants, et les habitants de quelques villages comme celui de Vinh Moc. Celui-ci donnait directement sur la plage et a ainsi servi de relais à la piste Ho Chi Minh maritime, qui longeait la côte depuis Hai Phong.

En vingt mois, en 1968, les habitants de Vinh Moc et les soldats Viecongs ont creusés à la pioche 4 kms de galeries souterraines pour se protéger des bombardements.

 

Le réseau s’étendait sur 3 niveaux, le premier -à 17 m de profondeur- servait aux militaires, le deuxième sous-sol aux familles des villageois, et le troisième servait d’entrepôts pour les les armes et les provisions.

Une cavité servait d’hôpital. On y trouvait aussi une salle de classe, une maternité – 17 bébés y sont nés- et chaque famille disposait d’un espace privé -le mot est un peu fort- de 2m X3m.

De leur côté, les soldats utilisaient les tunnels qui débouchent sur la plage pour alimenter en vivres et en armes l’île « nordiste » de Con Co, 30 kms au large. Ils naviguaient de nuit, sans lumières et à la rame afin d’éviter les obus de la septième flotte américaine.

Quand on voit ces tunnels et  la ténacité de ces gens à résister à la machine de guerre US, on comprend mieux comment ils ont pu mettre à mal la première puissance militaire de la planète.

Aujourd’hui, dans la campagne de la DMZ, il n’y a plus de trace des combats mais attention tout de même à ne pas sortir des terrains dégagés. Des milliers de bombes non explosées et de mines sont encore cachées dans le sol.  A Quang tri, une ONG payée notamment par le Département d’Etat US (dommages de guerre ?) et les Norvégiens  continue de sortir ces engins par dizaines de la terre vietnamienne. Pour combien de temps encore ? On déplore 8 000 morts depuis 1975 dans la province de Quang Tri à cause des mines, dont 31% d’enfants.

Mais aujourd’hui seuls les pêcheurs troublent les eaux cristallines de la mer de Chine avec leurs jolis bateaux pointus et leurs barques rondes en bambou goudronné.

La vie normale a repris à Vinh Coc.

 

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Rizières dans la brume

Après les merveilles du sud de la baie d’Ha Long, autour de l’île de Cat Ba, direction la « baie d’Ha long terrestre », autour de Nin Binh et de la petite ville de Tam Coc.

Deux jours de repos dans une adorable homestay et des balades autour des mêmes pitons rocheux qu’à Halong, les rizières remplaçant l’océan.

Cela fera (si on trouve le temps) l’objet d’un billet de blog.

Depuis Tam Coc, dès potron minet, nous avons enfourché nos fiers destriers, à savoir deux motos taxis, pour partir à l’assaut du parc naturel de Pu Luong dans les montagnes habitées par les Thaïs blancs et les Mongs.

Le long des petites routes en lacets, ce n’était que rizières en terrasses, forêts de bambous et de bananiers, et la jungle qui montait à l’assaut des montagnes.

150 (oui cent cinquante) kms plus tard on arrivait, le dos en vrac,  épuisés, mais heureux dans ce décor magique.

vue de notre fenêtre

Notre guesthouse nous attendait au milieu des champs, parmi les maisons traditionnelles des Thais blancs.

Nous ne savons pas pourquoi ils sont « blancs » et comme presque personne ne parlait anglais, cela restera un mystère.

Pendant deux jours on s’est baladés avec un guide dans des vallées toutes plus belles les unes que les autres, accueillis partout dans les villages et dans les champs par des bonjours et des sourires. Tout ce petit peuple des montagnes s’activait à repiquer le riz.

L’agencement de ces terrasses est fabuleux, et lorsque la rivière est en bas des champs, ce sont des norias entièrement constituées de bambou qui irriguent les champs les plus hauts. Une merveille d’ingéniosité.

L’eau est recueillie en haut des roues et diffusées par des canalisations en … bambou sur des centaines de mètres.

Ce détour par les montagnes, loin du tourisme de masse, restera comme un vrai moment de grâce, seulement un peu gâché par le temps.

En effet, la pluie et la brume étaient aussi au rendez-vous.

Bon d’accord, cela donnait un petit côté romantique à l’affaire, mais on aurait bien aimé un peu plus de lumière.

On vous laisse imaginer ce que cela pourrait donner sous le soleil.

Quant à nous, après cette escapade montagnarde, ce fut le retour, toujours à moto, et sous la bruine, vers Nin Binh où nous attendait un train de nuit pour nous mener à Dong Ha, juste au sud du 17ème parallèle. Nous sommes descendus de nos engins frigorifiés,  et les fesses en compote.

On f’rait pas ça tous les jours !

 


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A la pêche aux palourdes à Lanh Ha

Visiter la baie d’Ha Long est un incontournable de tout séjour au Vietnam. Par contre ce qui est contournable c’est d’éviter la foule et les dizaines de gros « bateaux-mouches » à étages qui partent tous du port de Ha Long et se suivent à la trace dans la baie.

Etant installés dans sa guesthouse à Hanoï, nous avons pu bénéficier des conseils de Mme Huong Thu qui est aussi la patronne très efficace d’une petite agence pour des périples hors des sentiers battus. Elle a donné son nom à son entreprise, Parfum d’Automne (c’est la traduction de son nom !) et nous a construit un programme sur une semaine, sur la mer de Chine puis dans les montagnes du parc national de Pu Luong. Parfum d’Automne est une organisatrice remarquable, vraiment à l’écoute des envies et moyens de ses clients, et parfaitement francophone, ce qui ne gâche rien. On la recommande fortement si vous voulez vous faire plaisir.

Elle possède trois belles jonques plus ou moins chics et chères. Nous avons opté -budget oblige- pour la plus simple.

Il s’agit d’un bateau de pêcheur de 7 m de long, sans cabine. Nous y avons passé 24 heures, avec une nuit sur un village flottant.

Tuan, le « capitaine », est un jeune homme adorable, présent, prévenant, mais aussi discret, pour nous laisser profiter du spectacle.

Nous n’avons pas sillonné la baie d’Ha Long a proprement parler mais la baie de Lan Ha, à quelques encablures au sud. Et le paysage y est aussi fantastique,.

Tuan nous a promené, comme toute croisière dans cette région du monde, entre les pains de sucre qui forment la baie. C’est absolument magnifique. Vaut le voyage, comme on dit dans les guides. Nous n’étions pas seuls, quelques grandes jonques profitaient aussi du spectacle. mais rien à voir avec la foule de navires de toutes tailles de la baie d’Ha Long plus au nord.

Nous avons eu la chance de découvrir une des activités majeures des habitants des villages flottants : l’élevage des palourdes.

Les touristes qui passent au large dans les gros bateaux ne s’en rendent pas compte, mais tout un petit peuple de pêcheurs vit de ce commerce.

Grâce au faible tirant d’eau de notre barque, et en prenant des kayaks, on a pu accoster au milieu de cette activité. Dans les eaux peu profondes, des dizaines de milliers de paniers remplis de sable servent de « nursery » pour les bébés palourdes, qui sont ensuite récoltés à maturité.

Les huitres sauvages sont aussi légion. On a eu la chance de rencontrer une vieille dame qui les ouvraient sur place d’un coup de piolet expert.

Devant nos yeux qui brillaient -enfin des touristes qui semblent connaître quelque chose à la pêche à pied- Tuan nous a emmené chercher nous-mêmes des palourdes dans le sable des grèves, et ramasser aussi d’énormes oursins. Là aussi, surprise de Tuan devant notre émerveillement. On est Bretons ou on ne l’est pas !

Du coup, il nous a concocté sur le bateau une omelette… aux oursins et une soupe aux huîtres.

Le soir, on a « atterri » sur une petite guesthouse flottante, avec quelques chambres. Dans la nuit, seules les lumières de quelques jonques et maisons flottantes de pêcheurs se dessinaient sur fond de pains de sucre. Irréel !

Nous y avons passé une nuit bercée, voire contrariée, par le bruit du clapot sous le plancher, après un repas de fondue aux légumes et fruits de mer sur la jonque, préparé par notre capitaine. Le pied absolu !

Le lendemain matin, Tuan nous a amené à une jetée dans une petite crique sur la grande île de Cat Ba, où nous nous sommes baladés à vélo pendant la matinée.

 

Puis ce fut le retour à travers la baie vers notre point de départ, le port principal de Cat Ba.

24 heures absolument magiques qui seront un des moments les plus forts de notre voyage.

Merci Capitaine Tuan et Mme Parfum d’Automne !


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Les Marocains d’Ho Chi Minh

De Hanoï, on n’aura pas vu grand chose ! Tourista et lumbago pour Daniel auront eu raison de nous pendant trois jours ! On a quand même découvert quelques pépites.

Le temple de la littérature témoigne de l’influence chinoise sur le Vietnam médiéval. Fondé en 1070, il avait pour mission de former les élites du pays.

C’est en fait une série de cours qui se suivent jusqu’au temple principal dédié à Confucius, et à l’Académie de formation. Dans cette première université du pays, tous les mandarins devaient passer des examens pour intégrer l’administration, comme dans la Chine impériale. Les listes des Docteurs est gravée sur des stèles de pierre, année par année, depuis le début. Pas de limite d’âge ! le plus ancien a obtenu son diplôme à 78 ans. tous les espoirs nous sont donc permis.

Après le calme du Laos, la circulation est assez incroyable. Chon est aux anges lorsqu’il faut zigzaguer entre les motos, les scooters et les voitures. Enfin un pays où on ne vous oblige pas à traverser dans les clous.

Le vieux quartier d’Hanoï est appelé le quartier des 36 corporations. Chacune des rues porte le nom d’une spécialité : rue de la soie (évident), mais aussi  rue de la ficelle et du carton, rue du sucre, rue des stèles funéraires. On doit avouer qu’on n’a pas trouvé la rue des vermicelles ! En réalité, les produits sont de plus en plus mélangés dans le quartier, et faits pour les touristes.

Photo: Alexander Mazurkevich/Shutterstock

La bouffe de rue y est beaucoup plus variée qu’au Laos, qui avait donc laissé des souvenirs sympathiques à Daniel. Le problème est de choisir où s’asseoir devant les milliers de bouis-bouis installés dans les rues, à l’hygiène quelquefois limite. On y mange bien, pour trois fois rien (cinq euros à deux !)

Faire le tour du lac Hoan Kiem, qui borde le quartier au sud, est un des plaisirs du soir. La pagode blottie sur un ilot boisé du lac est illuminée comme en plein jour.

Hanoï est aussi bien sûr la capitale du pays, et on ne peut pas faire l’impasse sur le père fondateur : Ho Chi Minh.

A son mausolée, superbe bâtiment stalinien, est accolé un musée grandiose. On peut faire l’impasse sur l’hagiographie dithyrambique de l’oncle Ho, mais ce sont les documents les plus anciens qui sont les plus intéressants.

Ho était membre du PCF pendant ses années étudiantes et présent au congrès de Tours de 1920 ! Depuis lors, il n’a cessé de se battre contre le colonialisme français puis la présence américaine au sud. Il est toujours visiblement vénéré par les vietnamiens.

C’est une amie marocaine en poste à Hanoï qui nous a raconté une anecdote assez étonnante : Ho Chi Minh, conscient de la présence de 50 000 maghrébins dans les troupes coloniales françaises, a sollicité par courrier le PC marocain pour l’envoi d’un cadre responsable pour faire de l’agit-prop auprès de ces soldats de l’armée française. C’est M’hamed Ben Aomar  Lahrach, alias Maarouf, membre du comité central du PCM, ancien soldat « français » à Mont Cassino, qui part en 1949 rejoindre les maquis Vietminh.  Présent à Dien Bien Phu au sein de l’armée nord-vietnamienne il devient, semble-t-il, un ami proche de Ho et de Giap.

Il se marie sur place avec Camille, une franco-vietnamienne communiste, secrétaire dans l’armée française, faite prisonnière et ralliée au Vietminh. Elle sera une des deux seules femmes à rester sur place lors de la « libération » des prisonniers en 1951.

Son action de guerre psychologique (par tracts en arabe, chansons d’Oum Kalsoum ou d’Abdelwahab, et messages par hauts parleurs par dessus les lignes françaises) aurait amené plusieurs centaines de soldats à déserter et à rallier les lignes Vietminh. Il aurait même été présent auprès Giap dans le bunker du général de Castries quand celui-ci a signé la reddition du camp.

Après le 7 mai 1954, il organise les camps de prisonniers maghrébins et supervise la mise en place d’une ferme collective pour les 300 soldats marocains d’Ho Chi Minh. Alors que les prisonniers survivants des terribles camps sont « rendus » finalement à la France et rapatriés, ces ralliés à la cause vietnamienne sont restés jusqu’en 1972 dans le petit village de Son Tay, à 50 kms  à l’ouest de Hanoï. C’est alors seulement qu’ils réussiront à rentrer au pays, avec femmes -vietnamiennes- et enfants. Un article de Jeune Afrique de 2006 revient sur cette épopée, ainsi qu’un film de Nabil Ayouch.

Quant à Aomar, devenu un apparachik vietnamien, avec villa et voiture de fonction à Hanoï, il rejoindra aussi finalement le Maroc, pour finir tristement sa vie parmi l’opposition marocaine exilée en Algérie. Celui à qui Ho Chi Minh avait donné le titre de général et le nom de guerre de Anh Ma (« Frère cheval ») ne s’est jamais remis de ses heures de gloire passées et a vite sombré dans l’alcool. De plus en plus isolé parmi la diaspora marocaine d’Algérie, il décède le 7 mai 1971. Soit jour pour jour 17 ans après la prise de Dien Bien Phu et un an avant le rapatriement de ses soldats..

Que reste-t-il au Vietnam de cette histoire ?

Dans le village de Son Tay, les marocains avaient construit pour se rappeler le pays une… porte monumentale. Une « Bab » comme on en trouve à l’entrée des villes et villages. Rénovée l’an dernier, elle a donné lieu à une cérémonie officielle avec dignitaires vietnamiens et consul du Maroc, en présence de Abdellah Saaf, l’auteur du livre qui a exhumé toute cette histoire rocambolesque.

 

 

 

 

 

 


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Magnifique Luang Prabang

Quand on visite un pays, il y a souvent une ville  que l’on adore. Pour nous au Laos, ce sera Luang Prabang !

Après notre virée dans les forêts du nord, on est revenu y passer trois jours.

Cette ville est magnifique. Ses vieux quartiers le long du Mékong méritent bien leur label UNESCO.  Ici pas d’immeubles disgracieux mais des petites rues bordées d’arbres et de villas en bois toutes plus mignonnes les unes que les autres. La ville réussit la gageure d’accueillir des milliers de touristes sans que cela la dénature. Aucune panneau publicitaire criard, aucune enseigne au néon flashy. Il y a du monde, mais on sent peu de fébrilité commerciale et de travers du tourisme de masse.

Calme et paisible. Plaisir de déambuler tout simplement dans les ruelles, de se perdre entre le Mékong et la rivière Nam Khan, dans la « presqu’île ».

Luang Prabang compte aussi parmi les plus belles pagodes du pays. Cette vidéo, trouvée sur Youtube présente le temple de Vat Sieng Thong mieux que nous ne pourrions le faire.

C’est sans nul doute le plus beau de la douzaine de temples qui se suivent sur la presqu’île. L’intérieur, entièrement décoré au pochoir, est impressionnant.

Il est entouré de chapelles et bâtiments annexes magnifiques aux parois ornées de scènes mythologiques ou de la vie quotidienne.

Après le choc de cette visite, un peu de nature s’imposait. C’est en passant le petit pont de bambous sur la rivière que l’on découvre le mieux le confluent avec le puissant Mékong. La passerelle est démonté chaque année avant la saison des pluies.

Mais c’est au coucher du soleil que le fleuve déploie toute sa splendeur sur fond de montagnes.

Et que faire une fois la nuit tombée, sinon profiter du marché de nuit ?

On se croirait aux Petits Ventres, rue de la Boucherie. (Private joke pour les Limougeauds).

 

 


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Laos sur la montagne

En montant vers le nord, on rencontre très vite les reliefs. Autant le sud, le long du Mékong, est sec, plat et poussiéreux, autant le nord est verdoyant et  montagneux.

On est d’abord allés jusqu’à Louang Prabang en bus. Puis nous y avons loué un 4X4 pour nous rendre dans l’extrême nord ouest, aux confins de la Birmanie et de la Chine.

De Vientiane à Paksong, les routes sont souvent défoncées, avec des nids de poules, d’autruche, voire d’éléphants. Le goudron alterne avec des passages de pistes empierrées. Ce nord Laos est vraiment isolé du monde.

Pas tout à fait, en fait, car le voisin chinois s’y intéresse. La compagnie PowerChina (tout un programme) est en train de construire un chemin de fer nord sud, et des routes, avec comme objectif final de rejoindre Singapour ! Les Chinois sont partout dans le nord. Que peut faire le petit Laos de 7 millions d’habitants face à son énorme voisin ?

Après tout, ces infrastructures serviront aussi aux gens du nord.

(la photo n’est pas de nous, mais du New York Times !)

Ce qui ne servira pas aux Laotiens, ce sont les enclaves concédées à des sociétés chinoises, à la frontière avec la Chine (Boten), et avec la Thaïlande (Ton Pheung). Dans ces deux pays, les casinos sont interdits, et c’est donc une aubaine pour les joueurs que de se rendre dans ces deux villes champignons. Les  lois chinoises s’y appliquent, et même si théoriquement, les jeux d’argent ont été interdits à Boten depuis quelques années, ce sont les lieux de toutes les débauches. Prostitution enfantine, dégustation dans les restaurants de viande de tigre ou d’éléphant, deux espèces protégées, plateformes de diffusion de drogues de toutes sortes (nous sommes dans le triangle d’or). On y trouve même, parait-il, de la corne de rhinocéros en pharmacie ! Boten attend avec impatience la livraison de la ligne de chemin de fer vers Vientiane.

Quant à nous, on s’est contentés de profiter des paysages magnifiques.

Autour de Vang Vieng, les montagnes prennent la forme de pains de sucre, comme on en verra du côté de la baie d’Halong au Vietnam.

Conduire dans ces conditions jusqu’à Louang Namtha, c’est négocier des milliers de virages  entre deux murs de végétation, avec de temps en temps des percées entre les forêts de bambous et des aperçus magnifiques sur les chaînes à perte de vue dans toutes les directions.

Les villages s’alignent le long de la route. La production de balais de « genêt » semble une activité essentielle.

C’est le pays des « minorités » ethniques, surtout établies dans les montagnes. Akhas, Hmongs, Yao, Laren, Lu-miens, Kmhmus, Taïs et consorts forment 40 % de la population. Vivant dans les hauteurs avec leurs langues et costumes, ils sont majoritaires dans le nord et une des « curiosités » de la région.

Leurs villages se visitent selon des circuits établis et pour tout dire, on s’est sentis très mal à l’aise à l’idée de le faire. Bien sûr cela leur amène un peu d’argent grâce à leur artisanat, mais le voyeurisme n’est pas loin.

On s’est aventurés dans un village Yao en bord de route où de vieilles dames fabriquaient du papier de bambou. Clic clac Kodak. On est ressortis très vite et ça a été la seule escapade dans un de leurs villages. Sans doute qu’avec un guide les choses auraient été différentes.

Ce qu’on a surtout retenu de ce village, c’est la pauvreté des gens, habillés de bric et de broc, avec de vieux joggings et T shirts. Les superbes costumes des cartes postales doivent être rangés pour les fêtes ou peut-être faut-il plusieurs heures de randonnée dans les montagnes pour rencontrer des  minorités « photogéniques ».

Une minorité attire plus l’attention sur son sort.  Ce sont les Hmongs. Montagnards farouches, ils ont conduit une « guerre secrète » sous la direction de la CIA contre le régime communiste de 1964 à 1975. Après la victoire du Pathet Lao, ils ont subi le sort de « Harkis » : pourchassés dans leurs montagnes, éliminés en masse, traités comme des parias, ils ont finalement été regroupés dans des villages le long des routes, étroitement surveillés par les autorités communistes. Le même sort semble leur être réservé au Vietnam. Plus de 100 000 ont été exfiltrés vers les Etats-Unis et la France en a accepté 20 000 dont 2 000 installés en Guyane.

Les Hmongs, les « Roms » de l’Asie du Sud-Est ?

On en a pris plein les yeux pendant ces quatre jours de périple au nord de Luang Prabang.

La jungle, la vraie, seulement un peu grignotée par les plantations d’hévéas et de bananiers, et les cultures sur brûlis qui détruisent des pans entiers de collines.

Vue du ciel, cette forêt quasi impénétrable doit ressembler à un champ de brocolis ! Toutes les nuances de vert, une vraie symphonie de couleurs et de lumière !

 

 

 

 


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Paisible Vientiane

Repos. On en avait bien besoin après notre remontée depuis le sud. Le Laos ressemble à l’Italie -sans la botte et la Sicile- et pour rejoindre la capitale, il a fallu encore aligner les heures de car le long du Mékong et de la frontière thaïlandaise. Surprise, on peut charger une moto ou tout un mobilier dans la soute, qui occupe tout le rez-de-chaussée du bus !

L’accueil à Vientiane par Anaïs et Jean a été formidable. Ce jeune couple franco-lao (Anaïs a un papa laotien) nous a ouvert sa maison pendant trois jours. Ils sont arrivés de France à Vientiane depuis deux ans et travaillent dans l’informatique via internet. On sent qu’ils adorent ce pays. Ils en parlent avec passion, un peu comme d’autres parlent du Maroc (suivez mon regard).

On a enfin pu dialoguer avec des « vrais gens ». Jouer les touristes c’est bien beau mais causer du pays qu’on visite avec des gens qui le connaissent change tout. Cà commençait à nous manquer sérieusement. On a aussi pu se reposer et partir découvrir la ville avec leurs recommandations avisées.

Vientiane est une petite capitale bien calme en dehors des heures de pointe le matin et en fin d’après-midi. Les rues tranquilles du centre-ville avec ses villas coloniales défraîchies nous ont fait penser au quartier du Gueliz de Marrakech il y a trente ans.

Les Laotiens sont des gens très calmes, voire un peu nonchalants et leur Bouddha aussi !

Comme partout on tombe sur des pagodes à tous les coins de rue, et la plus étonnante est celle de Wat si sakhet. Les galeries du cloître rassemblent plus de 6 000 bouddhas.  Debout ou assis devant des niches qui contiennent aussi des milliers de statuettes, ils sont indifférents au passage des touristes qui les mitraillent à longueur de journée.

La pagode elle-même est couverte de fresques racontant des scènes de la vie du Bouddha, et les murs sont également creusés de niches contenant des Bouddhas en réduction.

Nous avions eu un aperçu des broderies laotiennes sur les jupes traditionnelles que les femmes portent très couramment.

Mais, toujours grâce à Anaïs et Jean, nous avons découvert l’atelier de Carole Cassidy, une américaine tombée amoureuse du pays et de sa culture. Elle a créé un atelier ou une vingtaine de femmes tissent, sur de vieux métiers traditionnels, des pièces extraordinaires en soie et d’autres matériaux naturels.

La ville ne s’anime vraiment que le soir le long du Mékong, lorsque ses habitants viennent faire le paseo entre les marchandes d’herbes aromatiques, les stands de street food, les manèges et le marché de nuit. Les Laos utilisent des dizaines d’herbes différentes dans leur cuisine.

Le Mékong est a peine visible au delà de l’immense prairie qui pousse sur ses rives chaque année à la saison sèche. Difficile d’imaginer que dans quelques mois tout cela sera inondé jusqu’au haut des digues. A la saison des pluies, le fleuve multiplie son débit par huit et est une menace permanente pour les riverains.

La vie laotienne est rythmée par le Bouddhisme. Pour nous, touristes naïfs, le plus étonnant ce sont les bonzes. On s’attendait à une sorte de clergé permanent comme les moines chrétiens et on a découvert grâce à nos amis que le statut de bonze peut être très provisoire. On peut prendre la robe orange pour trois mois, voire une semaine, ou même une journée. Besoin d’une retraite spirituelle, ou simplement d’un peu de recul lors d’un événement familial douloureux. Les familles peuvent aussi envoyer un enfant à l’école de la pagode lorsque l’école publique est trop éloignée, ou lorsque l’ado est un peu turbulent. Un système compliqué d’offrandes et de cérémonies organise la vie sociale. Les bonzes vivent de ces offrandes auxquelles participent tous les laotiens. Nous avons même été dans des bus où des places gratuites leur étaient réservées.

On n’a pas tout compris, mais l’idée que la moitié des Laotiens adultes soit passé à un moment ou un autre sous le statut de bonze est une vraie découverte pour nous.

Notre court séjour a été aussi l’occasion de découvrir la cuisine. Lorsque vous ne connaissez pas les codes, vous vous retrouvez à alterner nouilles et riz, alors qu’il y a tant d’autres choses à déguster. Merci Anaïs et Jean pour cette plongée dans la gastronomie locale. Si vous passez par Vientiane, ne ratez pas le restaurant Doi ka noi.

Il est tout simplement fabuleux !

Le dimanche ils nous ont amenés dans un endroit improbable,  à Tha Ngon, à trente kms de Vientiane, au-dessus d’une rivière où des bateaux restaurants font des ronds dans l’eau.

On y mange -très bien- dans un jardin décoré de statues d’art brut et d’antiquités automobiles, le tout au milieu de la végétation tropicale. Bizarre, bizarre !

Et le lendemain, avant de les quitter, on a eu droit à un petit déjeuner dans le meilleur café de Vientiane, avec d’excellentes viennoiseries.

Et c’est sur ce clin d’oeil français que nous avons quitté Vientiane, la belle endormie, pour Luang Prabang et les montagnes du nord, sur un bus chinois.

 

 


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On dirait le sud

Après avoir joué les incorruptibles à la frontière Cambodge-Laos, nous avions bien mérité un peu de repos. Nous l’avons trouvé à Don Khone. C’est l’une des « 4 000 îles » que forme le Mékong juste au dessus de la frontière. On y accède par un « ferry » assez folklo.

C’est en fait une pirogue à moteur qui zigzague entre les îles et îlots pendant une bonne demi heure avant d’atteindre sa destination. C’est proprement magique.

Une série de guesthouses s’alignent le long du bras du fleuve. Tout est paisible à Don Khone : pas de voitures, pas de sonos tonitruantes, pas de vie nocturne trépidante comme à Don Det. Parfait pour récupérer pendant deux jours. La vue de notre balcon en témoigne.

Notre seule activité, à part siestes et hamacs, aura été une grande balade en vélo vers des cascades assez impressionnantes et la contemplation des couchers de soleil sur Don Det en face de notre guest house, une bière fraîche à la main. On a vu pire !

L’étape suivante nous a amenés à Champassac, un petit bourg au nord des îles, sans grand intérêt à part le site de Wat Phou, au sud de la ville et le charme de notre guesthouse « Anouxa » au bord du Mékong.

Wat veut dire Temple et Phou Montagne. Le nom est bien trouvé pour ce petit sanctuaire niché au pied d’une colline escarpée.

On y accède par un grand escalier monumental encadré de magnifiques frangipaniers en fleurs.

C’est un temple Khmer qui date de l’époque où l’empire s’étendait sur le sud Vietnam, et une grande partie du Laos et de la Thaïlande, jusqu’à la Malaisie actuelle, entre le XIe et le XIIe siècle.

Tout en haut, au pied de la falaise, le petit sanctuaire attend le visiteur épuisé par les 300 marches sous le soleil.

On y retrouve ces sculptures et bas-reliefs qui nous avaient tant ravis à Angkor l

Mais c’est la vue depuis le sommet qui fait tout le charme de l’endroit.

Notre troisième étape dans le sud a été pour le plateau des Bolaven. Basés à Paksé, deuxième ville du pays, c’est en scooter que nous sommes montés faire une virée dans les collines et parmi les caféiers.

Les Bolaven produisent 80% du café du Laos.

Les Bolaven, ce sont aussi de nombreuses cascades spectaculaires et l’occasion de bains bien rafraîchissants.

Indiana Jones n’a qu’à bien se tenir, Chon arrive !

 


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On the road again

Le temps passe, doucement mais sûrement. Il est temps de commencer à penser à notre prochaine étape, le Laos.

Nous avons donc embarqué dans un bus pour Kratie (Krong Kracheh sur la carte). Il nous a quand même fallu huit heures pour parcourir les 317 kms depuis Phnom Penh.

En route, on s’est arrêté pour un repas rapide dans la ville de Skuon, alias « spider city« . Cette fois-ci pas d’exploration insectivore, mais quand même quelques photos.

On essayera les cafards grillés une autre fois.

Kratie est une ville de province endormie au bord du Mékong, sans grand intérêt. Par contre, juste en face la petite île de Koh Trong vaut la peine de prendre le « ferry » bringuebalant pour la visiter.

Pas de voitures, une piste cimentée tout autour de l’île, des vieux vélos à louer et nous voilà partis !

L’île de Batz en face de Roscoff est un de nos jardins secrets et on s’y serait presque cru ! Bon d’accord, ce n’était pas tout à fait le même paysage. Ici pas d’artichauts et de choux-fleurs, mais des manguiers, des bambous, des bananiers et des cocotiers. Mais une ambiance paisible et paysanne comme là-bas ! C’est l’époque des battages (du riz).

La grande pagode est multicolore, et l’allée pour y accéder, décorée : un côté conte pour enfants.

Pour rejoindre le fleuve depuis la rive en saison sèche, près d’un km à faire sur des planches pour arriver à l’eau. Une version tropicale en quelque sorte de l’estacade de Roscoff.

Il faut mettre les pieds dans l’eau pour accéder au « ferry ».

L’île de Koh Trong, une bien jolie étape loin de l’agitation de Phnom Penh !

De Kratie à la frontière laotienne, les choses sont assez simples : un minibus jusqu’à Stung Treng (à 100 kms) puis un deuxième jusqu’à la frontière  (à 50 kms). Rien de particulier à signaler sinon l’impression de bout du monde quand au milieu de nulle part apparaissent les bâtiments de la douane.

Et c’est là que les choses se corsent. En effet, cette frontière est célèbre pour la corruption de ses fonctionnaires.

Bien décidés à ne pas payer de bakchich, on les a abordés vent debout !

Tout d’abord pour obtenir le tampon de sortie du Cambodge, on voulait nous obliger à payer deux dollars chacun pour obtenir le fameux tampon. Devant notre refus poli, et insistant, on a dû attendre près d’une heure pour récupérer les précieux documents. Le Goff 1-Ripoux 0.

Côté Laotien, même topo : les visas coûtent 30 dollars mais il faut en aligner deux de plus pour obtenir le fameux sésame. Cette fois-ci, on était cinq à refuser collectivement de payer. Une heure plus tard, malgré les propos agressifs des policiers, on a fini par récupérer gratuitement les passeports, gratuitement. Le Goff 2- Ripoux 0. Deux heures de boulot pour deux misérables tampons.

Ce n’était pas tout à fait fini car le chauffeur du mini-van qui devait nous amener à la première ville laotienne avait disparu pour une sieste sans doute bien méritée. On a dû poireauter sous le soleil une bonne demi-heure de plus avant qu’il apparaisse.

20 kms plus loin, fin de notre périple routier à Nakasang, point de départ des grosses pirogues à moteur qui desservent les « 4000 îles » du Mékong juste au nord de la frontière. En effet, à cet endroit, le fleuve se divise en de multiples bras, créant un paysage d’îles verdoyantes et de chutes d’eau magnifiques. Mais ceci est une autre histoire.

Voici quand même une image de notre premier coucher de soleil laotien, sur l’île de Don Khone.

 

 

 


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Les sourires de Chambok

Après notre passage mitigé dans le sud, nous avions envie de nous ressourcer dans le Cambodge profond. C’est ainsi que nous avons rallié Chambok.

Ce n’était pas forcément simple sur le papier. Par mail on nous avait indiqué qu’il fallait descendre à Traeng Trayueng, gros bourg à mi chemin entre Sihanoukville et Phnom Penh et chercher sur place un moyen de remonter les vingt cinq kms de piste pour rejoindre Chambok, sachant qu’il n’y a aucun service public ni tuk tuk pour y aller.

C’est donc avec un peu d’appréhension qu’on est descendu de notre fameux bus-karaoké qui nous avait amenés de Sihanoukville.

Mais dans les deux minutes, on s’est retrouvés chacun à l’arrière d’une moto qui nous a emportés dans un nuage de poussière vers notre destination, à travers les vergers de manguiers.

Et c’est couverts d’une fine couche de latérite rouge, et le coccyx de travers que nous sommes arrivés au « visitors center ».

Chambok réunit six villages et cinq cents familles autour d’un projet d’éco-tourisme, déployé sur mille cinq cents hectares de cultures et de forêts.

A la fin de la guerre en 1998, les paysans ont dû d’abord attendre que les villages soient déminés. Ils ont survécu dans un premier temps en exploitant les bois précieux comme l’acajou avant de se rendre compte que la déforestation sauvage allait tuer la ressource. Le Cambodge a perdu 75% de sa forêt en trente ans. Ils ont donc cherché d’autres solutions.

Rainforest in the Southern Cardamom Mountains. Photo by Rhett A. Butler

Ils se sont lancés collectivement dans un projet d’éco-tourisme participatif. Il est né en 2003 avec le soutien de l’ONG Mlup Baitong, des ministères du tourisme et de l’environnement, du PNUD, et du parc national du Kirirom où sont implantés les villages.

Aujourd’hui, le projet fournit un supplément de revenu aux villageois, et a permis par ailleurs de replanter quarante mille arbres, dont la moitié a été sponsorisée par des visiteurs.

Vous êtes accueilli avec le sourire par de jeunes gens du village au « visitors center », grand bâtiment au milieu de la forêt, équipé d’une cuisine à l’air libre et de  grandes tables pour accueillir les groupes.

De nombreuses activités sont proposées, en individuel ou avec guide. Trekking, balades en charrettes à buffles, à vélo, replantage d’arbres, découverte de la culture du riz, ateliers d’artisanat, de cuisine,  de danse.

Une rotation est organisée pour l’accueil et les activités. Par exemple ce sont deux cents cuisinières qui sont mobilisées à tour de rôle pour les repas des visiteurs.

Pour ce qui est du logement, cinquante maisons dans les villages vous accueillent pour la nuit. Ces chambres chez l’habitant sont très basiques mais se promener le soir dans les villages – très propres – est une merveille. Tout le monde a un geste, un sourire pour vous signaler que vous êtes les bienvenus. Personne ou presque ne parle anglais mais ce n’est pas grave. On se sent adoptés par la communauté pour le peu de temps passé parmi eux.

On est vraiment dans le Cambodge profond, humain, chaleureux.

Compte tenu de la difficulté relative d’atteindre Chambok, seules quelques agences « hors des sentiers battus » proposent à leurs clients des séjours sur place. Pour les deux soirs que nous y avons passé, nous étions les seuls, à part un groupe d’étudiants venu passer l’après-midi.

La première nuit a été épique, car on fêtait au village la fin de la moisson du riz. Un repas collectif était offert à tous. Chacun s’était mis sur son 31 !

Au coucher du soleil,  les bonzes de la pagode voisine ont béni la moisson avec force psalmodies.

Puis ce fut ensuite une longue, très longue soirée de musique. On est rentrés assez tôt se coucher, mais la sono – à fond – a continué à bastonner jusqu’à six heures du matin, moment où tous les coqs et les chiens du village ont pris le relais. Autant dire qu’on a peu dormi cette nuit là.

Nous avons choisi le matin suivant de faire une petite randonnée vers des cascades dans la montagne en compagnie d’un guide, Cham, un des militants à l’origine du projet.

En cette période de l’année, les débits des cinq chutes successives sont assez minimes, mais permettent quand même des douches fraîches sous les cascades. Plaisir inestimable après deux heures de marche sous le cagnard et une très courte nuit !

 

L’après-midi, Chon a pu prendre un cours de cuisine avec ces dames, avec force gestes pour  explications. Mais entre cuisinières pas besoin de mots pour se comprendre.

Le lendemain on a quitté avec regret ces gens qui ont pris en mains leur destin. Un minibus local quittait Chambok à sept heures trente pour rejoindre Phnom Penh. Quelle chance !

Là aussi, c’était le Cambodge profond. Après avoir fait le tour des villages pour récupérer des passagers et de la marchandise, nous nous sommes retrouvés à vingt et un dans un minibus prévu pour neuf places ! Avec tout le poids des sacs de riz et autres paquets dans le coffre arrière et tous les passagers, c’est miracle que les roues avant touchaient encore le sol.

Après cinquante kms serrés comme des sardines, deux jeunes filles de plus sont montées à bord. Si vous vous demandez comment cela est possible, voici la solution : on fait partager le siège du passager avant en deux et la vingt troisième passagère s’installe à GAUCHE du chauffeur.

Au Cambodge, tout est possible, et avec le sourire !