Daniel et Chon

Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront (René Char)

A la recherche du platane perdu / looking for the lost plane tree

3 Commentaires

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Toutes nos amies arméniennes nous ont incité fortement à visiter le Nagorno Karabagh, ou plutôt l’Artsakh en Arménien. Le nom de Nagorno Karabagh est en soi une fabrication intéressante : Nagorno veut dire Haut en Russe, Kara, Noir en Turc et Bagh voudrait dire Jardin en Persan. Faut-il s’étonner que cela ait donné une situation inextricable à la fin de l’URSS ?

All our Armenian friends in Yerevan told us not to miss Nagorno Karabagh, or rather the Artsakh in Armenian. The name Nagorno Karabagh is in itself an interesting fabrication : Nagorno means High in Russian, Kara, Black in Turkish and Bagh, Garden in Persian. It is no wonder that this gave an inextricable situation at the end of the USSR !

Cette province autonome au sein de la république soviétique d’Azerbaidjan, peuplée à 75% d’Arméniens, mais sans continuité territoriale avec l’Arménie a déclaré immédiatement son indépendance à la fin de l’Union soviétique, au grand dam des Azéris. Résultat une terrible guerre d’indépendance entre Arméniens et Azéris, avec les armées régulières des deux pays, les résistants locaux et l’apport de mercenaires russes (des deux côtés), des tchétchènes, des afghans, le tout avec les armes et blindés sortis des stocks sur place de l’ex-armée rouge. De 1990 à 1994, les combats feront 30 000 morts, des milliers de personnes déplacées pour que finalement l’Arménie prenne le dessus en récupérant le territoire de la province autonome, en y rajoutant les régions azéries qui la séparait de l’Artsakh originel. La ligne de cessez-le-feu imposée par les Russes en 1994 tient plus ou moins, avec des accès de tension extrême comme en avril 2016 où près de 500 soldats des deux pays trouveront la mort  pendant la « guerre des quatre jours« .

This autonomous province in the Soviet republic of Azerbaijan, populated with 75% Armenians, but without territorial continuity with Armenia declared immediately its independence at the end of the Soviet Union, much to the chagrin of the Azeris. The result was a terrible war of independence between Armenians and Azerbaijanis, with the regular armies of the two countries, the local resistance and the contribution of Russian mercenaries (both sides), Chechens and Afghans, all armed with the ex-R ed Army’s on-site stocks. Between 1990 and 1994, 30,000 people were killed, thousands of people were  displaced, and Armenia eventually gained the upper hand by reclaiming the territory of the autonomous province, adding the Azeri regions that separated it from the original Artsakh. The 1994 ceasefire line is more or less effective with extreme tensionat times, as in april 2016 when nearly 500 soldiers from both countries will be killed during the « Four Day War ».

Pour les Arméniens, c’est une victoire hautement symbolique après 100 ans de revers terribles. Aussi, tout le monde nous a invité à visiter ce petit coin de montagnes couvertes de forêts et aujourd’hui uniquement peuplé d’Arméniens. Aucun pays n’a reconnu l’Artsakh, et cela reste une fiction : les voitures sont immatriculées en Arménie, la monnaie est le Dram arménien, et le drapeau est copié sur celui du grand frère (une sorte de triangle blanc ajouté, fait de briques ressemblant à des légos est la seule différence).

For the Armenians, it is a highly symbolic victory after 100 years of terrible setbacks. We can understand that everyone invited us to visit this small corner of mountains covered with forests and today only populated by Armenians. No country has recognized the Artsakh, and it remains a fiction : cars are registered in Armenia, the currency is the Armenian Dram, and the flag is copied on that of the big brother (a sort of white triangle made of lego-like bricks is the only the difference).

Quand on s’approche de la frontière, c’est une muraille de hautes montagnes qui se dessine effectivement à l’horizon.

When one gets closer to the border, the horizon is blocked by a high wall of mountains.

Le poste frontière est bon enfant. Le visa doit se prendre dans les 48h à Stepanakert, (Xankandi en Arménien) la capitale, au Ministère des affaires étrangères, pour 6 € par personne. Comme aucun état ne l’a reconnu, le poste de ministre ne doit pas être trop prenant ! Le visa est une feuille volante, car un visa karabaghti sur un passeport interdirait l’entrée en Azerbaidjan, et la Turquie le verrait d’un mauvais œil.

The border crossing is simple. A visa must be taken within 48 hours at the Ministry of Foreign Affairs in Stepanakert (Xankandi in Armenian), for 6 € per person. As no state has recognised Artsakh, the minister must not have too much work ! The visa is on a piece of paper, because a karabaghti visa on a passport would prohibit entry into Azerbaijan, and Turkey would see it with an evil eye.

La route -bien meilleure qu’en Arménie- nous amène à travers la montagne vers la première ville, Chouchi, perchée sur un promontoire. Les paysages sont grandioses, et les pentes sont effectivement souvent couvertes de forêts. Chouchi était la capitale du Karabagh avant qu’elle soit transférée à Stepanakert.

The road, better than in Armenia, leads us through the mountain to the first town, Shushi, perched on a promontory. The landscapes are magnificent, and the slopes are often covered with forests. Shushi was the capital of Karabakh before it was transferred to Stepanakert.

Chouchi était, paraît-il, un exemple de coexistence heureuse entre « Turcs » et Arméniens. Sauf que pendant la guerre, depuis cette petite ville à majorité azérie, l’armée azerbaidjanaise bombardait Stépanakert, que l’on aperçoit en bas dans la vallée. Sa conquête par les Arméniens marquera d’ailleurs la fin des combats.

Shushi was, it seems, an example of a happy coexistence between « Turks » and Armenians. Except that during the war, from this little city with Azeri majority, the aerbaidjani army bombarded Stepanakert,  down in the valley. His conquest by the Armenians will mark the end of the fighting.

Que reste-t-il de cette période de vie commune ? Rien, sinon des bâtiments de pierre blanche, sans toit, dans lesquels poussent des arbres et herbes folles : ce sont les ruines des maisons des Azéris de Chouchi, qui ont fuit en catastrophe. On parle de nettoyage ethnique de part et d’autres, ici pour les populations azéries, à Bakou pour les arméniens d’Azerbaidjan. Comment savoir ?

What is left of this period of common life? Nothing, except buildings of white stone, without roofs, in which grow wild trees and weeds : these are the ruins of the houses of the Azeris of Chouchi, who fled in catastrophe. There is talk of ethnic cleansing on both sides, here for Azerbaijani populations, in Baku for Armenians. How to know ?

Ce qui est certain c’est que cette ville est le symbole d’une guerre terrible, avec ses trois mosquées décapitées par les vainqueurs et sa cathédrale toute neuve faisant face à des immeubles déglingués.

What is certain is that this city is the symbol of a terrible war, with its three mosques decapitated by the victors and its new cathedral facing this kind of buildings.

Les remparts de sa forteresse dominent toujours la vallée, et le quotidien a repris le dessus, mais au long de ses rues tranquilles, les îlots de ruines envahies par la végétation nous font irrémédiablement penser à la rue de Damas, la ligne verte de Beyrouth à la fin de la guerre civile libanaise.

The ramparts of its fortress still dominate the valley, and everyday life has taken over, but along its quiet streets, islands of ruins invaded by vegetation make us irremediably think of Beirut’s Damascus street, the green line between east and west at the end of the Lebanese civil war.

Le musée local offrait une exposition de statues en extérieur, suite à une « convention » de sculpteurs venant de Serbie, d’Inde, de Russie et d’Arménie. Un bel office du tourisme flambant neuf semblait attendre d’improbables touristes comme nous, mais il était fermé. Quelques taxis en Lada attendaient d’hypothétiques clients devant la mairie.

The local museum offered an exhibition of outdoor statues, following a « convention » of sculptors from Serbia, India, Russia and Armenia. A beautiful brand new tourist office seemed to expect unlikely tourists like us, but it was closed. Some taxis in Ladas were waiting for hypothetical customers in front of the town hall.

Du coup on a continué vers Stépanakert pour y trouver un peu d’animation !

La petite capitale du Karabagh (40 000 habitants) est une ville agréable construite autour de larges avenues bien entretenues par des brigades de balayeurs.

The little capital of Karabagh is a pleasant city built around wide avenues well maintained by brigades of sweepers.

Des bâtiments modernes cohabitent avec des immeubles dégradés…

Cohabitation betwwen new and old buildings…

Sur le rond-point central de la ville, on emploie les grands moyens pour nettoyer la statue du héros national (que nous n’avons pas identifié) !

On the central roundabout of the city, they use the fire brigade to clean the statue of the national hero (which we have not identified) !

On n’y a pas vu de stigmates de la guerre, mais on n’y est pas resté longtemps. Juste le temps nécessaire pour récupérer un visa dans le petit ministère et visiter le musée national. Dans un immeuble fatigué, dans des salles mal éclairées, sont proposées toutes les richesses archéologiques et historiques du pays. C’est un fatras d’objets hétéroclites, de photos de personnalités, de souvenirs de l’histoire récente.

We did not see any stigmata of the war, but we did not stay there long. Just enough time to retrieve a visa in the small ministry and visit the national museum. In a tired building, in dimly lit rooms, are offered all the archaeological and historical wealth of the country. It is a jumble of miscellaneous objects, photos of personalities and memories of recent history.

Une exposition sur panneaux dans le hall d’entrée intitulée « L’Azerbaidjan, ennemi de la civilisation » rassemble des photographies de monuments, églises, cimetières, détruits par les Azéris sur leur territoire. C’est assez affligeant et la réconciliation semble un vœu pieux.

An exhibition on panels in the lobby entitled « Azerbaijan, enemy of civilization » brings together photographs of monuments, churches, cemeteries, destroyed by Azerbaijanis on their territory. It is rather distressing and reconciliation seems a wishful thinking.

Pour prendre l’air, on a décidé d’aller à la recherche du plus vieux platane du pays, fierté des karabaghtis. Un panneau indicateur à la sortie de Stépanakert l’indiquait à 37 kms. De nombreux ramasseurs de mûres étaient en action le long de la charmante route qui serpente dans les collines.

To get some fresh air, we decided to go in search of the oldest plane tree of the country, pride of the karabaghtis. A road sign at the exit of Stépanakert indicated it at 37 kms. Numerous blackberry pickers were in action along the charming road that winds through the hills.

35 kms après Stépanakert, un panneau nous a invité à prendre une piste qui montait dans la montagne. Après un km de caillasses et d’ornières pour 4X4, on a craqué et on a fait demi-tour ! Il restait 2 kms de piste, imposible avec le camping car !

35 kms after Stepanakert, a sign invited us to take a dirt road that climbed up the mountain. After one km of stones and ruts, we freaked out and turned back ! imossible with the camper !

Ce platane de 2037 ans cette année, fierté du pays, où les gens du coin adorent parait-il se retrouver sous son feuillage, restera un mystère pour nous. Il faudra faire confiance à Wikipedia pour en trouver trace. Il paraît que 40 personnes peuvent s’y tenir à l’ombre.

This 2037-year-old plane tree is  the country’s pride The locals are supposed to love sitting under its foliage, but it will remain a mystery to us. We’ll have to rely on Wikipedia to know more about it .

photo wondermondo.com

Quant à nous, cela a été le signal d’un retour en Arménie, où à défaut de platane, nous avons trouvé tout de même de l’ombre  sur une aire de pique nique très fréquentée le week end. L’occasion de voir confirmée la gentillesse et l’hospitalité des Arméniens : on s’est fait offrir fruits et brochettes toute la soirée !

As for us, it was the signal of a return to Armenia, where in default of plane tree, we still found a shade on a picnic area very frequented during weekend. The opportunity to see confirmed the kindness and the hospitality of the Armenians : we were offered fruits and kebabs all evening!

Demain, bye bye Arménie, Salam Iran !

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3 réflexions sur “A la recherche du platane perdu / looking for the lost plane tree

  1. GV le 27/08 Votre voyage est sûrement très intéressant,plutôt centré sur l’histoire me semble -t-il.Et cette histoire a l’air très sombre jusqu’à récemment.Daniel doit passer une partie de son temps à faire des recherches et à les retranscrire,mais on sent qu’il aime ça. Par contre en Bretagne on se la coule « douce ».J’ai eu la très agréable surprise d’avoir la visite de Gaelle et d’André.Nous avons passé 2 journées fabuleuses:Au menu comme d’hab,langoustines à la mayonnaise;le lendemain,ils m’ont invitée à la Torche devant un méga plat :moules soleil d’or-frites.Liliane a pu nous rejoindre entre 2 travaux de nettoyage.J Michel rentrait de l’hopital pour une opération de la prostate qui s’est bien passée J’ai retrouvé ma petite Gaelle de toujours;en forme et très gaie Gros bisous à tous deux et bonne continuation. ML.

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  2. We are getting excited!

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  3. Peut-être le marquis de Karabah était-il sous le platane ! De retour à Limoges, je fais une session de rattrapage des billets du blog. Bises à vous deux. Mo

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