Daniel et Chon

Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront (René Char)


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Une cathédrale qui ne manque pas de sel

Les mines de sel ont fait la fortune de la Pologne pendant des siècles. «L’or blanc » était aussi précieux que le métal jaune et son commerce payait les dépenses de la cour de Cracovie et son armée. Wielikczka, à 20 km au sud,  est la plus grande mine de sel de Pologne. Elle fait toujours la fortune de la ville, mais ce n’est plus vraiment le sel qui fait vivre Wielikczka, mais le tourisme. En effet, classée par l’UNESCO, c’est un passage obligé pour tous ceux qui visitent Cracovie. Mais cela vaut le détour. La mine est organisée sur 9 niveaux, et compte 250 km de galeries, toutes creusées dans le sol et solidement étayées de troncs d’arbre. On y aura parcouru seulement 3 km.

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Les murs des couloirs sont bien en sel, comme certains l’ont vérifié.

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Pour y accéder, on commence par descendre un escalier en bois de 350 marches qui nous amène au 2ème niveau. De là, les galeries se succèdent dans toutes les directions. Par groupes de 30, les visiteurs -plus de 1 000 au total à l’instant T- se croisent dans les couloirs. Certaines salles sont énormes, on y trouve même des salles de sports et un sanatorium pour les malades des poumons, au 5ème sous-sol ! De magnifiques charpentes soutiennent des salles spectaculaires.

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Des statues de sel ont été sculptées par les générations de mineurs qui se sont succédées depuis le XIIIème siècle. Ici une représentation de Cunégonde, princesse hongroise, reine de Pologne et sainte patronne de la mine. La légende voudrait qu’elle ait lancé sa bague en l’air en Hongrie, et qu’elle ait été retrouvée  à l’emplacement de la future mine en Pologne : encore plus fort que le Seigneur des anneaux !

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Au détour d’un couloir, on tombe sur une chapelle et ses statues en sel. Il y a ainsi des dizaines de ces petites chapelles dans la mine. Elles étaient là pour bien entendu assurer la protection divine aux travailleurs, mais aussi pour servir de repères dans ce dédale incroyable.

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Le plus étonnant, c’est quand même la cathédrale du 3ème sous-sol. Elle mesure 54 m de long sur 12 de haut et ses murs sont sculptés de bas reliefs représentant des scènes de l’évangile ou des moments de l’histoire polonaise. le tout est en sel comme il se doit, la couleur grise venant des impuretés qu’il contient.

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On y trouve aussi des statues de la vierge, qui éclairées par derrière, paraissent translucides. Sans oublier l’inévitable représentation de Jean-Paul II. On y donne la messe tous les dimanches.

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La sortie se fait via un restaurant (comment remplissent-ils les salières ?) et la boutique de souvenirs – le tout à 135 m sous terre – et un long parcours d’un km dans le labyrinthe pour atteindre enfin un ascenseur qui nous ramène à l’air libre. Le seul bémol à cette journée dans les entrailles de la terre est le prix de la visite : 180 Zlotys, soit 45 € : la note est un peu… salée.


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La Pologne, coincée entre l’histoire et la géographie / Poland, stuck between History and Geography

Warning :  the operation Vistula we talk about in this post is our vision of it through readings. It might be biased and only the view of two naive tourists. There are certainly many aspects we missed !

Les paysages de l’autre côté de la frontière slovaque en Pologne ne sont pas très différents. Le coin sud-est de la Pologne est très beau, avec des paysages de petite montagne.

The Polish landscapes on the other side of the slovak border are not very different. Poland’s south eastern corner is very beautiful, with its low mountains.s1

La ville de Sanok nous a fait penser (en plus petit) à Sibiu en Roumanie ou Eger en Hongrie avec sa place centrale et ses belles maisons baroques.

The town of Sanok made us think of Romanian Sibiu or Hungarian Eger, with its central square and its handome barocco buildings.P2

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C’est à Sanok que le tchèque Jaroslav Hasek a situé l’Histoire du brave soldat Schveïk. Il a droit à sa rue, et à sa statue sur un banc.

The czech writer Jaroslav Hasek has set his History of the good soldier Scvejk in Sanok. He has his street and his statue on a bench.

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L’office du tourisme fournit d’excellentes brochures en français, dont une proposant des circuits de découvertes des églises en bois de la région. Elles sont des dizaines, des plus modestes aux plus sophistiquées.

The tourist office provides excellent brochures in French, one offering tours of the wooden churches in the region. They are dozens, from the smallest to the most sophisticated ones.p4.JPG

Les églises y sont toutes décrites en quelques mots et la plupart ont été construites pour les rites grec-catholique ou orthodoxe mais le texte précise qu’elles sont désormais soit désaffectées, soit utilisées comme églises catholiques romaines. Bizarre. Y a-t-il eu des conversions en masse ? On s’est posé beaucoup de questions pendant notre journée de balade dans la campagne, d’autant que les polonais sont catholiques, alors que leurs voisins ukrainiens sont justement orthodoxes ou grecs-catholiques.

The churches in it are described in a few words, and most were built for the Greek Catholic or Orthodox rites but the text specifies that they are now either abandoned or used as Roman Catholic churches. Strange . Are there been mass conversions ? We asked ouselves many questions during our day trip into the countryside, especially as the Polish are Catholic, while their Ukrainian neighbors are precisely Orthodox or Greek Catholic .

Une longue soirée sur internet nous a permis de comprendre un petit peu ce qui s’est passé …

A long evening on the internet gave us some answers …

A la fin de la seconde guerre mondiale, les frontières de la Pologne ont été repoussées de 200km vers l’ouest. les soviétiques ont mangé un espace équivalent pour l’intégrer à l’URSS via les républiques socialistes d’Ukraine et de Biélorussie, et la Pologne a récupéré des territoires précédemment allemands, à l’ouest et au nord. Un vrai glissement de terrain à l’échelle d’un pays !

At the end of WWII, Poland’s borders were pushed 200km to the west. The Soviets swallowed a space equivalent to integrate it to the USSR via the socialist republics of Ukraine and Belarus, and Poland engulfed previously German territory in the west and the north. A true landslide on the scale of a country !Les-deplaces-allemands-apres-la-seconde-guerre-mondiale3

Le résultat, c’est que 2 millions de polonais ont été rapatriés d’Ukraine, 400 000 ukrainiens de Pologne expulsés et 5 millions d’allemands poussés vers la sortie en 1945. De plus, le 28 avril 1947, l’armée et la police polonaises communistes ont lancé l’opération Vistule (en polonais : Akcja Wisła), du nom du grand fleuve polonais,  qui a consisté à vider l’est de la Pologne de tous ses ukrainiens restants ! On a raflé brutalement en trois mois les  140 000  ukrainiens qui habitaient encore les territoires de l’est polonais, et on les a déportés manu militari vers l’ouest  et le nord vers les terres abandonnées par les allemands. Il s’agissait de les empêcher de soutenir les indépendantistes ukrainiens qui se battaient contre les soviétiques. Il faut aussi rajouter que des soldats ukrainiens étaient au côté des SS pendant la guerre. Des wagons à bestiaux de sinistre mémoire ont repris du service.

The result was that 2 million Polish were repatriated from Ukraine, Poland expelled  400,000 Ukrainians and 5 million Germans were  pushed out in 1945. In addition, in April 1947, the army and the Polish communist police launched operation Vistula (in Polish: Wisła Akcja), named after the great Polish river. Their goal was to empty the east of Poland of all its remaining Ukrainians ! In three months 140,000 Ukrainians who still lived in the Polish eastern territories were brutally swept, and forcibly deported  to the west and the north to the lands abandoned by the Germans. This was to prevent them from supporting the Ukrainian separatists who fought against the Soviets. One must also add that Ukrainians soldiers were aside the SS during the war. The infamous freight cars resumed service.

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Ceci explique que toutes ces églises ont changé de fonction. Il n’y avait plus de paroissiens de rite oriental ! Ceci explique aussi que cette région des basses-Carpates soit si vide de population et les champs souvent à l’abandon. En effet, on a l’impression de traverser un désert humain, seulement habité par de maigres villages.

This explains why all these churches have changed function. There were no more parishioners of Eastern rite ! This also explains why this region of the lower Carpathians is so empty of population and fields often abandoned. Indeed, we felt like crossing a human desert, only inhabited by meager villages.

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L’exemple du village de Piatkowa est typique : il comptait 2000 habitants avant la guerre, et 80 % d’entre eux ont été déportés. Reste la superbe église en bois de Saint-Dimitri perdue dans la forêt, loin des quelques habitations qui restent dans le village, mais il n’y a plus personne pour la fréquenter.

The example of the village of Piątkowa is typical : he had 2,000 inhabitants before the war, and 80 % of them were deported. Only remains the beautiful wooden church of St. Dimitri, lost in the forest, far from the few houses left in the village, but there is no one any more to take care of it.

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Ces chapelles et églises des basses Carpates sont les fantômes d’un monde paysan disparu dans les tourments de l’Histoire.

These chapels and churches of the low Carpathian region are the ghosts of a peasant world, now disapeared in the turmoils of History.

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