Daniel et Chon

Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront (René Char)

Les sourires de Chambok

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Après notre passage mitigé dans le sud, nous avions envie de nous ressourcer dans le Cambodge profond. C’est ainsi que nous avons rallié Chambok.

Ce n’était pas forcément simple sur le papier. Par mail on nous avait indiqué qu’il fallait descendre à Traeng Trayueng, gros bourg à mi chemin entre Sihanoukville et Phnom Penh et chercher sur place un moyen de remonter les vingt cinq kms de piste pour rejoindre Chambok, sachant qu’il n’y a aucun service public ni tuk tuk pour y aller.

C’est donc avec un peu d’appréhension qu’on est descendu de notre fameux bus-karaoké qui nous avait amenés de Sihanoukville.

Mais dans les deux minutes, on s’est retrouvés chacun à l’arrière d’une moto qui nous a emportés dans un nuage de poussière vers notre destination, à travers les vergers de manguiers.

Et c’est couverts d’une fine couche de latérite rouge, et le coccyx de travers que nous sommes arrivés au « visitors center ».

Chambok réunit six villages et cinq cents familles autour d’un projet d’éco-tourisme, déployé sur mille cinq cents hectares de cultures et de forêts.

A la fin de la guerre en 1998, les paysans ont dû d’abord attendre que les villages soient déminés. Ils ont survécu dans un premier temps en exploitant les bois précieux comme l’acajou avant de se rendre compte que la déforestation sauvage allait tuer la ressource. Le Cambodge a perdu 75% de sa forêt en trente ans. Ils ont donc cherché d’autres solutions.

Rainforest in the Southern Cardamom Mountains. Photo by Rhett A. Butler

Ils se sont lancés collectivement dans un projet d’éco-tourisme participatif. Il est né en 2003 avec le soutien de l’ONG Mlup Baitong, des ministères du tourisme et de l’environnement, du PNUD, et du parc national du Kirirom où sont implantés les villages.

Aujourd’hui, le projet fournit un supplément de revenu aux villageois, et a permis par ailleurs de replanter quarante mille arbres, dont la moitié a été sponsorisée par des visiteurs.

Vous êtes accueilli avec le sourire par de jeunes gens du village au « visitors center », grand bâtiment au milieu de la forêt, équipé d’une cuisine à l’air libre et de  grandes tables pour accueillir les groupes.

De nombreuses activités sont proposées, en individuel ou avec guide. Trekking, balades en charrettes à buffles, à vélo, replantage d’arbres, découverte de la culture du riz, ateliers d’artisanat, de cuisine,  de danse.

Une rotation est organisée pour l’accueil et les activités. Par exemple ce sont deux cents cuisinières qui sont mobilisées à tour de rôle pour les repas des visiteurs.

Pour ce qui est du logement, cinquante maisons dans les villages vous accueillent pour la nuit. Ces chambres chez l’habitant sont très basiques mais se promener le soir dans les villages – très propres – est une merveille. Tout le monde a un geste, un sourire pour vous signaler que vous êtes les bienvenus. Personne ou presque ne parle anglais mais ce n’est pas grave. On se sent adoptés par la communauté pour le peu de temps passé parmi eux.

On est vraiment dans le Cambodge profond, humain, chaleureux.

Compte tenu de la difficulté relative d’atteindre Chambok, seules quelques agences « hors des sentiers battus » proposent à leurs clients des séjours sur place. Pour les deux soirs que nous y avons passé, nous étions les seuls, à part un groupe d’étudiants venu passer l’après-midi.

La première nuit a été épique, car on fêtait au village la fin de la moisson du riz. Un repas collectif était offert à tous. Chacun s’était mis sur son 31 !

Au coucher du soleil,  les bonzes de la pagode voisine ont béni la moisson avec force psalmodies.

Puis ce fut ensuite une longue, très longue soirée de musique. On est rentrés assez tôt se coucher, mais la sono – à fond – a continué à bastonner jusqu’à six heures du matin, moment où tous les coqs et les chiens du village ont pris le relais. Autant dire qu’on a peu dormi cette nuit là.

Nous avons choisi le matin suivant de faire une petite randonnée vers des cascades dans la montagne en compagnie d’un guide, Cham, un des militants à l’origine du projet.

En cette période de l’année, les débits des cinq chutes successives sont assez minimes, mais permettent quand même des douches fraîches sous les cascades. Plaisir inestimable après deux heures de marche sous le cagnard et une très courte nuit !

 

L’après-midi, Chon a pu prendre un cours de cuisine avec ces dames, avec force gestes pour  explications. Mais entre cuisinières pas besoin de mots pour se comprendre.

Le lendemain on a quitté avec regret ces gens qui ont pris en mains leur destin. Un minibus local quittait Chambok à sept heures trente pour rejoindre Phnom Penh. Quelle chance !

Là aussi, c’était le Cambodge profond. Après avoir fait le tour des villages pour récupérer des passagers et de la marchandise, nous nous sommes retrouvés à vingt et un dans un minibus prévu pour neuf places ! Avec tout le poids des sacs de riz et autres paquets dans le coffre arrière et tous les passagers, c’est miracle que les roues avant touchaient encore le sol.

Après cinquante kms serrés comme des sardines, deux jeunes filles de plus sont montées à bord. Si vous vous demandez comment cela est possible, voici la solution : on fait partager le siège du passager avant en deux et la vingt troisième passagère s’installe à GAUCHE du chauffeur.

Au Cambodge, tout est possible, et avec le sourire !

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